Allocation d'actifs

L'allocation d'actifs est la répartition d'un portefeuille d'investissement entre différentes classes d'actifs : actions, obligations, immobilier, liquidités, actifs alternatifs. C'est l'une des décisions les plus déterminantes en matière d'investissement. Selon de nombreuses études, l'allocation d'actifs expliquerait une grande partie de la performance et du niveau de risque d'un portefeuille sur longue période.

Les principales classes d'actifs

Chaque classe d'actifs présente un profil rendement/risque distinct et réagit différemment selon les cycles économiques. Comprendre le rôle de chacune est indispensable pour construire un portefeuille cohérent avec ses objectifs.

  • Actions : parts du capital d'entreprises cotées. Le potentiel de rendement est élevé sur longue période, mais la volatilité à court terme est forte. Les marchés actions peuvent perdre 20 à 30 % en quelques mois lors de crises majeures, avant de rebondir sur plusieurs années. C'est la raison pour laquelle les actions sont adaptées aux investisseurs avec un horizon long (au moins 8 ans). Elles sont accessibles via des ETF, des fonds ou des titres en direct dans un PEA ou une assurance-vie.

  • Obligations : titres de dette émis par des États (obligations souveraines) ou des entreprises (obligations corporate). Moins volatiles que les actions, elles offrent des revenus réguliers sous forme de coupons. Leur rôle dans un portefeuille est d'amortir les phases de baisse des marchés actions et de générer un rendement plus prévisible. Les obligations vertes permettent de financer des projets à impact environnemental positif tout en conservant ce profil défensif.

  • Immobilier : actifs immobiliers accessibles en direct ou via des fonds collectifs comme les SCPI. L'immobilier génère des revenus réguliers (loyers), offre une couverture partielle contre l'inflation et présente une corrélation partielle avec les marchés financiers. En contrepartie, sa liquidité est limitée : il n'est pas possible de vendre rapidement ses parts de SCPI comme on vendrait des actions en bourse.

  • Actifs monétaires : fonds monétaires, livrets, comptes courants. Le rendement est faible, mais la disponibilité est immédiate. Ces actifs sont utiles pour couvrir les besoins de court terme et constituer une épargne de précaution avant d'investir le surplus sur des horizons plus longs.

Allocation stratégique et allocation tactique

On distingue deux approches complémentaires dans la gestion d'un portefeuille.

L'allocation stratégique est la répartition cible de long terme. Elle est définie en fonction du profil de l'investisseur : tolérance au risque, horizon de placement, objectifs patrimoniaux. C'est le socle du portefeuille. Elle est révisée rarement, uniquement lors d'un changement de situation personnelle ou d'horizon (retraite qui approche, projet immobilier, naissance, etc.).

L'allocation tactique est un ajustement temporaire autour de cette cible, en réponse à des opportunités ou à des risques de marché identifiés à court terme. Par exemple, un gérant pourra légèrement surpondérer les actions européennes s'il anticipe un rebond économique en zone euro, tout en maintenant le cap stratégique du portefeuille. Cette approche est réservée aux investisseurs expérimentés ou aux gérants actifs.

Dans une gestion pilotée, la société de gestion s'occupe de définir et d'ajuster l'allocation en permanence, en tenant compte à la fois de la stratégie long terme et du contexte de marché, sans que l'investisseur ait à intervenir.

Comment définir son allocation d'actifs ?

Trois facteurs principaux déterminent l'allocation optimale pour un investisseur.

Le premier est le profil de risque. Un épargnant prudent privilégiera une allocation défensive, avec davantage d'obligations et de liquidités. Un épargnant dynamique acceptera une plus grande part d'actions pour viser un rendement supérieur sur longue période.

Le deuxième est l'horizon de placement. Plus l'horizon est long, plus on peut se permettre d'être exposé aux actifs risqués comme les actions, qui ont historiquement surperformé sur longue période malgré leur volatilité à court terme. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le troisième est l'ensemble des objectifs patrimoniaux. Préparer sa retraite dans 25 ans, financer un projet dans 5 ans ou constituer une épargne de précaution ne nécessitent pas la même allocation.

Une règle pédagogique simple, la règle des 100, suggère d'allouer à des actifs dynamiques (actions) un pourcentage égal à 100 moins son âge. Ainsi, un épargnant de 35 ans allouerait environ 65 % en actions et 35 % en obligations. Il s'agit d'une règle heuristique simplifiée, non d'un conseil en investissement. L'allocation optimale dépend de la situation personnelle de chaque investisseur.

Exemples d'allocations selon les profils

Pour illustrer concrètement, voici des allocations indicatives selon les profils. Ces chiffres sont des repères pédagogiques et ne constituent pas un conseil en investissement.

Un profil prudent (horizon court à moyen, faible tolérance aux fluctuations) pourrait avoir une allocation de ce type : 20 % actions, 55 % obligations, 15 % immobilier, 10 % actifs monétaires. La priorité est donnée à la stabilité et à la préservation du capital.

Un profil équilibré (horizon moyen à long, tolérance modérée) pourrait viser : 50 % actions, 35 % obligations, 10 % immobilier, 5 % actifs monétaires. L'objectif est un compromis entre croissance et sécurité.

Un profil dynamique (horizon long, forte tolérance aux fluctuations) pourrait opter pour : 75 % actions, 15 % obligations, 10 % immobilier. La priorité est donnée à la croissance du capital sur longue période, avec une acceptation des phases de baisse à court terme.

Le rééquilibrage : maintenir l'allocation dans le temps

Au fil du temps, les performances différentes de chaque classe d'actifs font naturellement dériver le portefeuille par rapport à son allocation cible. Par exemple, si les actions progressent fortement, leur part dans le portefeuille augmente mécaniquement, ce qui accroît le risque global.

Le rééquilibrage consiste à ramener le portefeuille vers son allocation cible en vendant les actifs surpondérés et en achetant les sous-pondérés. En pratique, un rééquilibrage est généralement déclenché lorsqu'une classe d'actifs s'écarte de plus de 5 % de sa cible.

Cet acte peut sembler contre-intuitif : il s'agit de vendre ce qui monte et d'acheter ce qui a baissé. C'est pourtant la discipline du rééquilibrage qui permet de cristalliser les gains, de maîtriser le risque dans le temps et d'éviter les biais comportementaux qui poussent à laisser courir les gains indéfiniment.

En termes concrets, le rééquilibrage peut se faire de deux façons. La première consiste à rediriger les nouveaux versements vers les classes d'actifs sous-représentées, sans vendre. La seconde consiste à effectuer des arbitrages, c'est-à-dire vendre une partie des actifs surpondérés pour racheter les sous-pondérés. Cette deuxième approche peut avoir des implications fiscales selon l'enveloppe utilisée.

L'allocation d'actifs en gestion pilotée

La gestion pilotée est un mode de gestion dans lequel un gérant professionnel construit et pilote l'allocation à la place de l'épargnant. C'est l'approche la plus accessible pour les particuliers qui ne souhaitent pas gérer eux-mêmes la répartition de leur portefeuille.

Concrètement, lors de la souscription, le gérant détermine le profil de l'investisseur via un questionnaire. Il définit ensuite une allocation stratégique adaptée à ce profil et choisit les instruments (fonds, ETF, obligations) pour la mettre en oeuvre. Il assure ensuite le suivi, les rééquilibrages et les ajustements tactiques en fonction du contexte de marché.

Les avantages de déléguer l'allocation sont multiples : gain de temps, expertise professionnelle, discipline de gestion, accès à des fonds institutionnels et rééquilibrages automatiques. C'est pourquoi la gestion pilotée est particulièrement adaptée aux épargnants qui veulent investir de façon cohérente et rigoureuse sans devoir surveiller les marchés au quotidien.

Allocation d'actifs et investissement responsable

Il est aujourd'hui possible de construire une allocation d'actifs entièrement orientée vers des actifs responsables. Chaque classe d'actifs dispose de déclinaisons ESG : actions via des fonds ISR ou des ETF intégrant des critères de gouvernance, obligations vertes, SCPI ISR, fonds solidaires. La diversification responsable n'implique donc pas de compromis sur l'équilibre du portefeuille.

Accéder à une allocation d'actifs diversifiée et responsable sans avoir à sélectionner soi-même chaque instrument est possible via des unités de compte dans une assurance-vie en gestion pilotée ou un Plan d'Épargne Retraite responsable : la société de gestion définit et ajuste l'allocation en fonction du profil de chaque épargnant.

Félix Rivierre, Directeur de l’équipe Conseil
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