Aversion au risque
L'aversion au risque désigne la tendance d'un investisseur à privilégier un gain modéré mais certain plutôt qu'un gain potentiellement plus élevé mais incertain, autrement dit à éviter les situations susceptibles d'entraîner une perte en capital. C'est l'une des notions fondatrices de la finance comportementale : elle explique pourquoi, à espérance égale, la plupart des épargnants préfèrent la sécurité au pari.
Mieux comprendre votre propre aversion au risque est utile avant d'investir, car ce trait détermine le type de placements avec lesquels vous resterez à l'aise dans la durée, y compris lorsque les marchés baissent. Cette fiche définit le concept, le distingue de notions voisines souvent confondues, puis montre comment il influence concrètement vos décisions d'investissement.
Qu'est-ce que l'aversion au risque ?
L'aversion au risque traduit une préférence pour la certitude. Face à deux options de même valeur moyenne, un investisseur averse choisit celle dont le résultat est le plus sûr. Cette attitude n'a rien d'irrationnel : elle reflète le fait qu'une somme perdue pèse souvent plus lourd, dans nos décisions, qu'une somme gagnée équivalente. C'est un trait que la théorie économique cherche à modéliser depuis longtemps.
Le principe : préférer le certain à l'incertain
Le cas d'école est celui du pari équitable. Imaginez qu'on vous propose de jouer à pile ou face : pile, vous gagnez 100 euros ; face, vous perdez 100 euros. En moyenne, ce jeu ne rapporte ni ne coûte rien, son espérance est nulle. Pourtant, la plupart des gens refusent d'y jouer. Ce refus est la marque de l'aversion au risque : l'incertitude a un coût psychologique, indépendamment du résultat moyen.
Pour accepter de prendre des risques, l'investisseur averse réclame donc une compensation. C'est précisément le rôle de la prime de risque sur les marchés financiers : le supplément de rendement espéré qui rémunère l'acceptation de l'incertitude. Sans ce retour attendu plus élevé, personne ne renoncerait à la sécurité d'un placement garanti.
Aversion, neutralité et goût du risque
Tous les individus ne réagissent pas de la même façon à l'incertitude. L'aversion au risque, en finance, se décline en trois attitudes types :
- L'aversion au risque : à espérance égale, on préfère l'option la plus sûre et on exige une prime pour accepter le risque ;
- La neutralité au risque : on ne juge que l'espérance de gain, sans se soucier de l'incertitude qui l'entoure ;
- Le goût du risque : on accepte une espérance plus faible pour la chance d'un gain élevé, comme au jeu.
La grande majorité des investisseurs se situe du côté de l'aversion, à des degrés variables. C'est cette intensité, propre à chacun, qui fait toute la richesse du concept.
Aversion au risque, aversion aux pertes et profil de risque : ne pas confondre
Trois notions proches sont régulièrement employées l'une pour l'autre, alors qu'elles ne décrivent pas la même chose.
L'aversion au risque est la préférence générale pour le certain face à l'incertain. L'aversion aux pertes, mise en évidence par les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky, est plus spécifique : une perte est ressentie environ deux fois plus intensément qu'un gain équivalent. Ce biais explique des comportements parfois contre-productifs, comme conserver trop longtemps un placement en moins-value pour ne pas « acter » la perte. Nous le détaillons parmi les autres pièges décrits dans notre fiche sur les biais comportementaux.
Le profil de risque, enfin, n'est pas un trait psychologique mais un outil pratique : il combine votre aversion, votre capacité financière à encaisser une baisse et votre horizon pour vous classer dans une catégorie d'investisseur. La perception du risque de chacun, parfois éloignée du risque réel, y joue aussi un rôle. Autrement dit, l'aversion au risque est l'un des ingrédients du profil d'investisseur, pas son synonyme. Pour comprendre comment ce profil se construit, consultez notre fiche dédiée au profil de risque.
Les niveaux d'aversion au risque
On distingue couramment trois niveaux d'aversion, du plus prudent au plus tolérant. Ils ne constituent pas un jugement de valeur : il n'existe pas de « bon » niveau dans l'absolu, seulement un niveau cohérent avec vos objectifs et votre horizon. Les profils à forte aversion au risque préfèrent un gain sûr, quitte à renoncer à une part de rendement.
Un exemple concret illustre ces différences. Proposez à trois personnes de placer 10 000 euros :
- La première choisit un support garanti rapportant peu, mais dont elle ne perdra pas le capital : son aversion est élevée.
- La deuxième accepte une part d'actions pour viser un meilleur rendement, tout en gardant un filet de protection : son aversion est modérée.
- La troisième investit l'essentiel en actions malgré des variations importantes, pour viser la performance la plus élevée possible : son aversion est faible.
Aucune n'a tort, chacune arbitre simplement différemment entre prudence et rendement potentiel.
Comment mesure-t-on l'aversion au risque ?
L'aversion au risque n'est pas directement observable, mais l'économie et la finance ont développé plusieurs façons de l'approcher.
La première est théorique : la fonction d'utilité. Elle représente la satisfaction qu'un individu retire d'une somme d'argent. Pour une personne averse, cette fonction est dite concave : chaque euro supplémentaire procure un peu moins de satisfaction que le précédent. Concrètement, la douleur de perdre 1 000 euros dépasse le plaisir d'en gagner autant, ce qui pousse à éviter les risques inutiles. Les économistes quantifient cette courbure par un coefficient d'aversion au risque : plus il est élevé, plus l'individu est prudent.
La deuxième approche est concrète et repose sur la prime de risque déjà évoquée : le rendement supplémentaire qu'un investisseur exige pour détenir un actif risqué plutôt qu'un placement sans risque. Plus l'aversion est forte, plus la prime réclamée est élevée. La volatilité d'un placement, qui mesure l'ampleur de ses variations, sert de repère pour estimer ce niveau de risque.
En pratique, pour les épargnants, l'aversion au risque est évaluée par un questionnaire de profil. Imposé par la réglementation européenne MiFID II, il interroge vos objectifs, votre horizon, votre expérience et votre réaction face à une baisse hypothétique de vos investissements. Il ne mesure pas un coefficient mathématique, mais aide à orienter vers une allocation cohérente avec votre tolérance au risque.
Quelles implications pour vos placements ?
L'aversion au risque a une conséquence directe : elle gouverne l'arbitrage entre prudence et rendement potentiel, ce que les financiers nomment le couple risque-rendement. Un placement sans risque protège le capital mais offre un rendement modeste, souvent inférieur à l'inflation sur longue période. Viser un meilleur retour suppose à l'inverse d'accepter une part de risque, donc des variations et un risque de perte en capital. Aucun placement ne combine sécurité totale et rendement élevé : c'est le compromis fondamental de tout investissement.
Plutôt que de subir cet arbitrage, deux leviers permettent de le tenir. Le premier est la diversification : répartir son portefeuille entre des actifs qui ne réagissent pas tous de la même façon réduit le risque global sans renoncer à tout le potentiel de rendement. Le second est l'horizon de placement : plus il est long, plus les fluctuations de court terme se lissent, ce qui permet même à un investisseur prudent d'envisager une part d'actifs risqués dans son portefeuille.
Un écueil reste fréquent : une aversion au risque mal calibrée peut coûter cher. Trop de prudence expose à l'érosion, par l'inflation, du pouvoir d'achat de votre argent ; à l'inverse, surestimer sa tolérance conduit souvent à vendre dans la panique au plus bas, transformant une baisse temporaire en perte définitive. C'est précisément ce que nous abordons dans notre article sur le retrait de ses placements en période de turbulences.
Aversion au risque et investissement responsable
Investir selon ses convictions et respecter son aversion au risque ne s'opposent pas. Une démarche d'investissement responsable repose sur les mêmes principes de construction de portefeuille : un niveau de risque maîtrisé, une diversification réfléchie et un horizon adapté.
Goodvest propose ainsi une gestion pilotée dont l'allocation est définie en fonction du profil de risque de chaque investisseur, sur des supports sélectionnés selon des critères environnementaux et sociaux. Pour approfondir cette articulation entre épargne et impact, vous pouvez lire notre article sur l'assurance-vie ISR.
Contenu à vocation informative et pédagogique. Ceci ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. La valeur de votre investissement peut fluctuer à la hausse comme à la baisse et n'est pas garantie. Investir sur les marchés financiers présente un risque de perte en capital.

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Questions fréquentes
Pourquoi connaître son aversion au risque ?
Connaître son aversion au risque permet de choisir des placements avec lesquels on reste à l'aise dans la durée, y compris en période de baisse. Une allocation mal calibrée pousse souvent à des décisions précipitées, comme vendre dans la panique au plus bas. C'est aussi l'objet du questionnaire de profil imposé par la réglementation avant d'investir.
Quelle est la différence entre aversion au risque et aversion aux pertes ?
L'aversion au risque est la préférence générale pour un résultat certain plutôt qu'incertain. L'aversion aux pertes, mise en évidence par Daniel Kahneman, est plus précise : une perte est ressentie environ deux fois plus intensément qu'un gain de même montant. La première décrit une attitude face à l'incertitude, la seconde un biais qui déforme la perception des pertes.
L'aversion au risque peut-elle évoluer dans le temps ?
Oui. L'aversion au risque n'est pas figée : elle évolue avec l'âge, le niveau de patrimoine, l'horizon de placement ou le contexte de marché. Un investisseur a souvent tendance à devenir plus prudent en approchant de l'échéance de son projet, ou après une période de fortes turbulences. C'est pourquoi il est utile de réévaluer son profil régulièrement.
Quel est un exemple concret d'aversion au risque ?
Un épargnant qui place 10 000 euros sur un support garanti rapportant peu, plutôt que sur des actions au rendement potentiel plus élevé mais incertain, fait preuve d'aversion au risque. Autre exemple courant : refuser un pari à pile ou face où l'on gagne ou perd la même somme, alors que son espérance de gain est nulle. Dans les deux cas, la sécurité est préférée à l'incertitude.







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