Politique monétaire

Quand la BCE relève ou abaisse ses taux, l'information fait la une et touche concrètement votre crédit immobilier comme le rendement de votre épargne. Derrière ces décisions se trouve la politique monétaire, l'un des principaux leviers de pilotage de l'économie. Voici ce qu'elle recouvre, qui la décide et comment elle agit.

La politique monétaire désigne l'ensemble des décisions prises par une banque centrale, la BCE pour la zone euro, pour réguler la quantité de monnaie en circulation et le coût du crédit. Son objectif principal est la stabilité des prix, c'est-à-dire maintenir l'inflation autour de 2 % à moyen terme.

Qu'est-ce que la politique monétaire ?

La politique monétaire rassemble les actions par lesquelles une banque centrale influence la masse de monnaie disponible dans l'économie et les conditions de financement. En jouant sur le coût et la disponibilité du crédit, elle cherche à orienter l'activité économique sans la diriger directement.

Il faut la distinguer de la politique budgétaire : la politique monétaire est menée par la banque centrale et agit sur la monnaie et le crédit, tandis que la politique budgétaire est menée par le gouvernement, via les impôts et les dépenses publiques. Les deux agissent sur l'économie, avec des outils et des responsables différents, et sont souvent complémentaires, par exemple en période de crise.

Son rôle est avant tout préventif et régulateur. Lorsque l'économie ralentit, la banque centrale peut assouplir les conditions de crédit pour soutenir l'activité. Lorsqu'elle surchauffe et que les prix s'emballent, elle peut au contraire les durcir. Cette hausse des prix est précisément la variable que la politique monétaire surveille en priorité, sans pour autant se confondre avec elle. Pour le détail du phénomène, voir notre fiche sur l'inflation.

Qui mène la politique monétaire ? Le rôle des banques centrales

La politique monétaire est l'apanage des banques centrales. Ce sont elles qui détiennent le monopole d'émission de la monnaie et qui fixent les conditions auxquelles les banques commerciales se financent.

La BCE et l'Eurosystème dans la zone euro

Dans la zone euro, la politique monétaire est définie par la Banque centrale européenne (BCE), en lien avec les banques centrales nationales comme la Banque de France. Cet ensemble forme l'Eurosystème. Une même politique s'applique donc aux vingt États qui partagent l'euro, ce qui suppose des décisions adaptées à une zone économiquement hétérogène. Aux États-Unis, ce rôle revient à la Réserve fédérale (Fed).

L'objectif principal : la stabilité des prix

Le mandat premier de la BCE est la stabilité des prix. Concrètement, elle vise un taux d'inflation de 2 % à moyen terme, un niveau jugé compatible avec une économie saine. En dessous, le risque est de glisser vers la déflation, une baisse durable des prix qui pèse sur l'activité. Au-dessus, la monnaie perd trop vite de sa valeur. La banque centrale ajuste donc ses outils pour rester proche de cette cible, sans la garantir à court terme.

Les instruments de la politique monétaire

Pour atteindre ses objectifs, la banque centrale dispose de plusieurs leviers, des plus classiques aux plus récents. On en retient trois principaux.

  • les taux directeurs, qui fixent le coût de l'argent pour les banques ;
  • les réserves obligatoires, qui encadrent les liquidités que les banques doivent conserver ;
  • les opérations sur les marchés, dont les outils non conventionnels comme le quantitative easing.

Les taux directeurs

Les taux directeurs sont l'outil le plus connu et le plus visible. Il s'agit des taux d'intérêt auxquels les banques commerciales empruntent ou placent leurs liquidités auprès de la banque centrale. En les relevant, la banque centrale renchérit le crédit, ce qui freine la consommation et l'investissement. En les abaissant, elle rend le financement moins cher et soutient l'activité. Ces variations se répercutent ensuite sur les taux des prêts immobiliers et le rendement de l'épargne.

Les réserves obligatoires et le refinancement

Les banques commerciales doivent déposer auprès de la banque centrale une fraction de leurs dépôts, appelée réserves obligatoires. En modulant ce niveau, la banque centrale agit sur la capacité des banques à accorder des crédits. Elle leur fournit aussi des liquidités via des opérations de refinancement, des prêts de court terme garantis, qui assurent le bon fonctionnement du système bancaire au quotidien.

Les outils non conventionnels (quantitative easing)

Lorsque les taux directeurs et les autres politiques monétaires conventionnelles ne suffisent plus, les taux étant déjà proches de zéro, la banque centrale peut recourir à des outils dits non conventionnels. Le plus emblématique est le quantitative easing (ou assouplissement quantitatif) : la banque centrale achète massivement des titres, souvent des obligations d'État, pour injecter des liquidités dans l'économie et faire baisser les taux de long terme. Ces programmes ont été largement déployés dans les années qui ont suivi la crise financière de 2008, puis amplifiés pendant la pandémie.

Politique monétaire expansionniste ou restrictive

Il existe deux types de politique monétaire, que la banque centrale choisit selon la conjoncture : la politique expansionniste (de relance), qui abaisse les taux pour stimuler l'activité, et la politique restrictive (de rigueur), qui les relève pour contenir la hausse des prix.

Une politique expansionniste vise à stimuler une économie atone : baisse des taux, injection de liquidités, soutien au crédit. C'est le levier mobilisé notamment pour éloigner le risque de déflation. À l'inverse, une politique restrictive cherche à calmer une économie en surchauffe et à contenir la hausse des prix, en renchérissant le crédit.

CritèrePolitique expansionnistePolitique restrictive
ObjectifRelancer l'activitéFreiner la hausse des prix
Taux directeursEn baisseEn hausse
Effet sur le créditMoins cher, plus accessiblePlus cher, plus rare
Contexte typeRalentissement, risque de déflationSurchauffe, inflation élevée

Pour mesurer ces évolutions, les économistes suivent aussi les agrégats monétaires (M1, M2, M3), qui classent la monnaie en circulation selon son degré de liquidité, des pièces et billets aux dépôts à plus long terme.

Comment la politique monétaire influence votre épargne et vos placements

Les décisions de politique monétaire ne restent pas cantonnées aux marchés : elles se diffusent jusqu'à votre épargne. Lorsque les taux directeurs montent, les taux d'intérêt du marché suivent : le rendement des placements sécurisés tend à progresser, tandis que le crédit immobilier devient plus coûteux. Quand ils baissent, c'est l'inverse.

Le rendement des fonds en euros de l'assurance vie, par exemple, suit avec un décalage l'évolution des taux obligataires, eux-mêmes sensibles à la politique monétaire. Les marchés actions réagissent également aux annonces des banques centrales. Il faut garder à l'esprit que ces placements restent soumis aux aléas des marchés : investir comporte un risque de perte en capital, et aucune orientation monétaire ne garantit un rendement futur.

Chez Goodvest, les portefeuilles sont construits en gestion pilotée diversifiée et responsable, une approche qui tient compte de l'environnement de taux dans la répartition entre les différentes classes d'actifs. Comprendre la politique monétaire aide ainsi à mieux saisir le contexte dans lequel évolue votre épargne, sans prétendre anticiper les décisions des banques centrales.

Contenu à vocation informative et pédagogique. Ceci ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée.

La valeur de votre investissement peut fluctuer à la hausse comme à la baisse et n'est pas garantie. Investir sur les marchés financiers présente un risque de perte en capital.

Félix Rivierre, Directeur de l’équipe Conseil
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