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Démembrement parts de SCI : comment et pourquoi ?

Démembrement parts de SCI : comment et pourquoi ?

Transmettre son patrimoine immobilier tout en conservant la main sur sa gestion et ses revenus, c’est possible grâce au démembrement de parts de SCI. Utilisé dans une logique de transmission anticipée et d’optimisation fiscale, ce mécanisme juridique reste cependant complexe et nécessite quelques précautions. En quoi consiste-t-il exactement ? Quels sont ses avantages concrets et ses limites ?

En quoi consiste le démembrement de parts de SCI ?

Qu’est-ce qu’un démembrement de propriété ?

Le démembrement de propriété est une technique juridique consistant à scinder la pleine propriété d’un bien en deux droits distincts : l’usufruit et la nue-propriété. La pleine propriété correspond à l’ensemble des droits attachés à un bien : le droit de l’utiliser (usus), d’en percevoir les revenus (fructus) et de le vendre ou le transmettre (abusus). En cas de démembrement :

  • L’usufruitier conserve le droit d’usage et de perception des revenus du bien ;
  • Le nu-propriétaire détient le bien sans pouvoir en jouir ni percevoir de revenus, mais il en récupérera la pleine propriété à la fin de l’usufruit, souvent au décès de l’usufruitier s’il s’agit d’un usufruit viager.

Exemple concret : une personne possède un bien immobilier d’une valeur de 300 000 euros. Elle décide de le transmettre à son enfant en conservant l’usufruit. L’enfant devient nu-propriétaire, tandis que le parent continue d’habiter le bien ou d’en percevoir les loyers jusqu’à son décès. À ce moment-là, la pleine propriété est automatiquement reconstituée entre les mains de l’enfant, sans frais ni impôt supplémentaire.

La notion de donation de parts de SCI avec réserve d’usufruit

Dans le cadre d’une SCI, le démembrement de propriété prend souvent la forme d’une donation de parts sociales avec réserve d’usufruit. Concrètement, cela signifie qu’un associé transmet à ses héritiers (généralement ses enfants) la nue-propriété des parts de la SCI tout en conservant l’usufruit de ces parts.

Ce montage permet au donateur de continuer à percevoir les revenus locatifs générés par les biens détenus par la SCI, ou d’en avoir l’usage, tout en anticipant la transmission de son patrimoine immobilier. À son décès, les enfants récupèrent automatiquement la pleine propriété des parts sans frais fiscaux supplémentaires. Sur le plan patrimonial et successoral, il s’agit de la forme de démembrement la plus fréquente, car elle allie souplesse, efficacité fiscale et anticipation successorale.

Le plus souvent, la donation est réalisée avec un usufruit viager, c’est-à-dire valable jusqu’au décès du donateur. Ce choix permet au parent de conserver l’usage ou les revenus du patrimoine tout en organisant sa transmission progressive.

Conseil de Goodvest : En présence de plusieurs enfants, il est fortement recommandé de recourir à une donation-partage. Ce mécanisme permet de figer les valeurs au jour de la donation et de répartir équitablement les parts entre les enfants. Il réduit ainsi les risques de conflits futurs liés à la réévaluation des biens au moment de la succession et favorise une gestion plus sereine du patrimoine familial.

Lire aussi : Quels frais de notaire pour une donation de 100 000 euros : fiscalité, explications et exemples

Pourquoi envisager un démembrement de parts de SCI ?

Le démembrement de parts de SCI permet de transmettre une partie de son patrimoine immobilier de manière anticipée, tout en conservant la jouissance du bien, notamment le droit d’en percevoir les loyers.

Si ce montage s’inscrit avant tout dans une logique patrimoniale, il présente aussi un intérêt fiscal important. En effet, il permet de réduire la valeur taxable de la donation et donc, potentiellement, les droits à régler. Toutefois, cet avantage ne doit pas être l’unique motivation : un montage purement fiscal peut être requalifié en abus de droit. Nous y reviendrons.

Lire aussi : Quels sont les atouts de la société civile patrimoniale ?

Transmettre de son vivant un patrimoine immobilier dans un cadre fiscal favorable

La donation de parts de SCI démembrées permet de transmettre un patrimoine immobilier de son vivant tout en bénéficiant d’un cadre fiscal optimisé. En effet, en ne transmettant que la nue-propriété des parts, la valeur soumise aux droits de donation est inférieure à celle de la pleine propriété.

Ce montage cumule plusieurs avantages fiscaux :

  • Réduction de la base taxable grâce au calcul de valeur fiscale des parts de SCI et à la valorisation spécifique de la nue-propriété (en fonction de l’âge de l’usufruitier) ;
  • Possibilité de cumuler différents abattements liés au lien de parenté ;
  • Transmission sans frottement fiscal à terme, puisque la pleine propriété se reconstitue sans imposition supplémentaire au décès de l’usufruitier.

Diminuer la valeur fiscal des parts grâce à l’endettement de la SCI et à la décote pour absence de liquidité

L’un des leviers majeurs pour optimiser fiscalement une donation de parts de SCI réside dans la valorisation de ces parts au moment de la transmission. Contrairement à un bien immobilier transmis en direct, la valeur des parts de SCI tient compte de l’endettement de la société et de la liquidité limitée des parts sociales.

Premier levier : l’endettement de la SCI

La valeur fiscale des parts est calculée à partir de la valeur nette du patrimoine de la société, soit : valeur des biens + trésorerie – dettes.

Par exemple, si la SCI détient un bien immobilier d’une valeur de 100 000 euros et qu’elle a une dette de 90 000 euros, son actif net est de 10 000 euros. Si elle est composée de 100 parts sociales, la valeur fiscale d’une part est de 100 euros.

En comparaison, transmettre ce même bien immobilier en direct aurait entraîné une taxation sur la base de 100 000 euros. La SCI permet donc de réduire considérablement la base imposable.

Deuxième levier : la décote pour absence de liquidité

Les parts de SCI ne sont pas aussi facilement cessibles qu’un bien immobilier détenu en nom propre. Cette faible liquidité peut justifier une décote de 10 % en moyenne sur la valeur des parts.

Reprenons l’exemple précédent : une part estimée à 100 euros après prise en compte de l’endettement peut être valorisée fiscalement à 90 euros grâce à cette décote.

Ces deux éléments combinés (endettement + décote de liquidité) permettent d’abaisser significativement la valeur fiscale de la donation, et donc de maximiser les abattements et réduire, voire annuler, les droits à payer.

La décote fiscale des parts en raison du démembrement en fonction de l’âge de l’usufruitier

Une fois la valeur nette des parts de SCI déterminée, entre en jeu un autre facteur clé : la décote liée au démembrement. En effet, la donation porte sur la nue-propriété des parts, et non sur leur pleine propriété. Cette nue-propriété est fiscalement moins valorisée, car elle ne donne ni droit à l’usage du bien, ni à ses revenus.

La fiscalité tient compte de cet écart en appliquant un barème officiel défini à l’article 669 du Code général des impôts, qui évalue la valeur de l’usufruit (et donc, par déduction, celle de la nue-propriété) en fonction de l’âge de l’usufruitier :

AGE de l'usufruitier VALEUR de l'usufruit VALEUR de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus 90 % 10 %
Moins de 31 ans révolus 80 % 20 %
Moins de 41 ans révolus 70 % 30 %
Moins de 51 ans révolus 60 % 40 %
Moins de 61 ans révolus 50 % 50 %
Moins de 71 ans révolus 40 % 60 %
Moins de 81 ans révolus 30 % 70 %
Moins de 91 ans révolus 20 % 80 %
Plus de 91 ans révolus 10 % 90 %

Exemple : un parent de 64 ans souhaite donner la nue-propriété de parts de SCI estimées fiscalement à 90 euros après décote. Selon le barème, la nue-propriété est alors valorisée à 60 %. La valeur fiscale des parts données sera donc de 45 euros par part.

Ce mécanisme permet de réduire fortement la valeur imposable de la donation, tout en assurant une transmission patrimoniale effective.

Profiter des abattements fiscaux applicables aux donations

Une fois la valeur fiscale des parts de SCI déterminée (après prise en compte de l’endettement, d’une éventuelle décote pour illiquidité, et de la décote liée au démembrement) il devient possible d’optimiser l’usage des abattements fiscaux applicables aux donations.

Ces abattements dépendent du lien de parenté entre le donateur et le bénéficiaire. Ils s’appliquent tous les 15 ans (et sont communs aux abattements sur les successions), ce qui permet d’en tirer parti plusieurs fois au cours d’une vie.

Lien de parenté Abattement
Enfant 100.000 €
Epoux / partenaire de Pacs 80.724 €
Petit-enfant 31.865 €
Sœur / Frère 15.932 €
Nièce / Neveu 7.967 €
Arrière-petit-enfant 5.310 €

Exemple : en reprenant notre cas précédent, où les parts de SCI sont valorisées fiscalement à 45 euros chacune après toutes les décotes, et où la SCI comprend 100 parts, la valeur totale donnée est de 4 500 euros.

Dans ce cas :

  • Un parent peut donner ces parts à un enfant sans payer aucun droit de donation grâce à l’abattement de 100 000 € ;
  • Mieux encore, si les deux parents donnent chacun à leur enfant, il est possible de transmettre jusqu’à 200 000 € tous les 15 ans en exonération totale d’impôt.

Et si la SCI a été constituée avec un fort endettement et que la donation intervient peu après son acquisition, la valeur fiscale des parts peut être très faible, ce qui permet, à travers ce levier, de transmettre indirectement un bien immobilier d’une valeur réelle très élevée (parfois plusieurs centaines de milliers ou millions d’euros) sans fiscalité.

Lire aussi : La donation hors part successorale

Le retour à la pleine propriété sans frottement fiscal à la mort de l’usufruitier

L’un des grands atouts du démembrement de parts de SCI réside dans le remembrement automatique qui s’opère au décès de l’usufruitier : la pleine propriété est reconstituée au profit du nu-propriétaire, sans imposition supplémentaire.

Ce mécanisme permet donc de transmettre un bien immobilier logé dans une SCI sans frottement fiscal, tout en conservant pendant toute sa vie :

  • la maîtrise de la gestion,
  • les revenus générés,
  • et la capacité à organiser la succession.

Diminuer sa part taxable à l’IFI

Le démembrement de parts de SCI ne présente pas seulement un intérêt en matière de transmission. Il peut aussi s’avérer efficace pour réduire l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Ainsi, lorsque les parts de SCI sont démembrées :

  • Seul l’usufruitier est redevable de l’IFI sur la valeur des biens détenus par la SCI ;
  • Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer à ce titre, puisque la nue-propriété est exclue de la base taxable de l’IFI.


Ce mécanisme peut donc constituer un levier intéressant pour alléger la fiscalité sur le patrimoine immobilier, en particulier si ce dernier est important et que le seuil d’entrée dans l’IFI (1,3 million d’euros) est approché ou dépassé.

Anticiper sa succession sans se déposséder

En transmettant la nue-propriété à ses héritiers et en conservant l’usufruit, le donateur continue à percevoir les revenus du bien (comme les loyers) ou à l’utiliser, selon la nature de l’actif.

Ce mécanisme présente plusieurs avantages concrets :

  • Il permet de préparer la transmission de manière progressive, sans attendre le décès ;
  • Il évite les conflits liés à l’indivision post-succession, puisque la répartition des parts est décidée de son vivant ;
  • Il maintient une maîtrise économique et stratégique du patrimoine, car l’usufruitier conserve souvent un pouvoir d’influence sur la gestion de la SCI (notamment sur les décisions liées aux revenus).


Ainsi, ce dispositif est particulièrement adapté à ceux qui souhaitent organiser leur succession de façon structurée, anticipée et fiscalement optimisée, sans se priver immédiatement des fruits de leur patrimoine.

Préparer ses héritiers à la gestion d’un patrimoine immobilier

En plus de ses avantages fiscaux et successoraux, le démembrement de parts de SCI constitue un outil pédagogique et structurant pour préparer ses héritiers à la gestion d’un patrimoine immobilier.

En devenant nus-propriétaires, les enfants sont progressivement associés à la vie de la SCI. Même s’ils ne perçoivent pas les revenus, ils commencent à :

  • se familiariser avec le fonctionnement d’une structure sociétaire (assemblées générales, statuts, gestion comptable) ;
  • comprendre les enjeux liés à l’entretien, la valorisation ou la location d’un bien immobilier ;
  • participer, selon les statuts, à certaines décisions importantes (vente, emprunt, transformation de la société…).


Ce processus d’apprentissage progressif facilite la transition générationnelle, tout en limitant les erreurs ou les conflits futurs. Au moment du remembrement, les héritiers seront déjà impliqués et formés, ce qui favorise une gestion sereine et pérenne du patrimoine transmis.

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L’impact du démembrement des parts de SCI sur les droits sociaux du nu-propriétaire et de l’usufruitier

Les parts de SCI confèrent à leur détenteur des droits sociaux : droit de vote en assemblée, droit aux dividendes, droit à l’information, participation aux décisions collectives… Lorsque ces parts sont démembrées, la répartition de ces droits entre l’usufruitier et le nu-propriétaire peut soulever des interrogations.

En théorie, la loi prévoit une répartition par défaut de certains droits. Mais en pratique, la frontière entre l’usufruit et la nue-propriété est parfois floue, notamment lorsqu’une décision affecte la valeur ou les revenus de la société. Cela peut conduire à des conflits d’intérêts ou à des blocages dans la gestion si les rôles ne sont pas clairement définis.

Il est donc essentiel, dès la mise en place du démembrement, de préciser dans les statuts de la SCI ou via un pacte d’associés la répartition des droits sociaux entre usufruitier et nu-propriétaire. Cette clarification prévient les malentendus et assure une gestion plus fluide de la société.

Les droits de l’usufruitier

Dans le cadre du démembrement de parts de SCI, l’usufruitier conserve le droit de percevoir les revenus générés par la société, en particulier les dividendes issus des loyers ou autres produits d’exploitation. Il n’a pas vocation à percevoir la valeur de la société elle-même, mais bien les fruits produits par son activité.

L’usufruitier peut, selon les statuts, exercer plusieurs droits :

  • percevoir les dividendes décidés en assemblée ;
  • participer aux décisions relatives à l’affectation du résultat ;
  • dans certains cas, intervenir dans les décisions impactant les revenus, comme la mise en location, les travaux ou l’usage des biens détenus.


Cependant, certaines décisions importantes (comme la vente d’un bien immobilier par la SCI) peuvent priver l’usufruitier de sa source de revenus. Dans ce cas, deux scénarios sont possibles :

  • Si les statuts sont silencieux, le produit de la vente entre dans le patrimoine de la SCI, et l’usufruitier perd les loyers qui y étaient liés. Cela peut générer des tensions, car son droit de jouissance devient inopérant.
  • Si les statuts le prévoient, ou en cas d’accord entre les parties, le produit de la vente peut être réparti entre usufruitier et nu-propriétaire, selon la valeur respective de leurs droits (déterminée par barème fiscal ou convention).


Ainsi, pour sécuriser les intérêts de l’usufruitier, il est recommandé de prévoir contractuellement une répartition des droits en cas de cession. À défaut, une décision unilatérale de vente par la SCI peut entraîner pour l’usufruitier la perte de ses revenus sans compensation, d’où l’importance d’une rédaction claire des statuts.

Les droits du nu-propriétaire

Le nu-propriétaire des parts de SCI détient la propriété du capital social, mais sans droit immédiat sur les revenus produits par la société. Il ne perçoit pas les dividendes tant que le démembrement est en place, mais il a vocation à retrouver la pleine propriété des parts à l’extinction de l’usufruit.

Malgré l’absence de revenus, le nu-propriétaire conserve certains droits essentiels :

  • Droit de vote en assemblée générale, notamment sur les décisions concernant la structure ou l’organisation de la société (modification des statuts, vente d’un bien, changement de gérance, etc.) ;
  • Droit d’information sur la gestion de la société, comme tout associé ;
  • Droit à la plus-value : en cas de revente future des parts ou des actifs de la SCI, la valeur accumulée bénéficiera in fine au nu-propriétaire.


Toutefois, la loi n’est pas toujours explicite sur la répartition exacte des droits de vote entre usufruitier et nu-propriétaire. Par défaut, certaines décisions (notamment celles relatives aux bénéfices) relèvent de l’usufruitier, tandis que d’autres (celles touchant au capital) sont du ressort du nu-propriétaire. Les statuts de la SCI peuvent adapter cette répartition.

Il est donc crucial, dans une logique de bonne gouvernance, de définir clairement les droits respectifs dans les documents constitutifs de la société. Cela permet au nu-propriétaire de participer activement à la gestion, tout en respectant le droit de jouissance de l’usufruitier.

À savoir : le nu-propriétaire peut-il percevoir des dividendes ?

Par principe, les dividendes courants issus des bénéfices de la SCI reviennent à l’usufruitier, car ils sont considérés comme des "fruits" au sens juridique. Le nu-propriétaire ne perçoit donc aucun revenu pendant la durée du démembrement.

Cependant, des exceptions existent. Lorsque les dividendes proviennent de la vente d’un bien immobilier par la SCI ou de bénéfices exceptionnels, ces sommes peuvent être assimilées à une atteinte à la "substance" du patrimoine, et donc revenir au nu-propriétaire.

En pratique, tout dépend :

  • De la nature des dividendes (ordinaires ou exceptionnels) ;
  • Des clauses prévues dans les statuts de la SCI ou dans un éventuel pacte d’associés ;
  • De l’accord entre les parties pour encadrer la répartition en cas de cession d’actif.


Sans précaution particulière, ces situations peuvent devenir conflictuelles. Il est donc vivement recommandé de définir contractuellement le traitement des revenus et des produits de cession dans le cadre d’un démembrement de parts sociales.

Les risques de conflits de droit entre nue propriétaire et usufruitier

Dans le cadre d’un démembrement de parts de SCI, les intérêts de l’usufruitier et du nu-propriétaire peuvent diverger, ce qui peut générer des tensions voire des blocages dans la gestion de la société.

Parmi les sources potentielles de conflit, on retrouve notamment :

  • L’usage des revenus : l’usufruitier peut souhaiter une distribution régulière de dividendes pour en profiter, tandis que le nu-propriétaire préférera souvent la capitalisation pour préserver la valeur à long terme.
  • La cession d’un bien immobilier : l’usufruitier, privé de revenus après la vente, peut s’opposer à une opération souhaitée par le nu-propriétaire. Inversement, le nu-propriétaire peut contester une vente qu’il estime dévalorisante ou prématurée.
  • Les arbitrages de gestion : travaux, emprunts, changement de locataire, ou décisions de transformation peuvent affecter directement l’un ou l’autre, sans que les droits de chacun soient toujours clairement définis.
  • La répartition des produits exceptionnels (dividendes issus d’une cession, par exemple), lorsque les statuts ne prévoient rien à ce sujet.


En l’absence de dispositions claires, ces désaccords peuvent aboutir à des situations de blocage, voire à des litiges judiciaires. Pour sécuriser la gestion et préserver les relations familiales, il est donc indispensable d’anticiper ces risques en organisant contractuellement les relations entre usufruitier et nu-propriétaire.

Solution : prévoir une répartition des droits dans les statuts de la SCI et dans un pacte d’associé

Pour prévenir les conflits entre usufruitier et nu-propriétaire, il est fortement recommandé de formaliser la répartition des droits et obligations dans les documents constitutifs de la SCI, en particulier dans :

  • les statuts de la société, qui peuvent adapter la répartition des droits sociaux par dérogation aux règles légales ;
  • un pacte d’associés, complémentaire aux statuts, qui précise les engagements de chacun, notamment dans un cadre familial.


Ces documents permettent de :

  • définir avec précision les droits de vote de l’usufruitier et du nu-propriétaire en assemblée générale, selon la nature des décisions (gestion courante, affectation des bénéfices, cession d’actif, etc.) ;
  • organiser la répartition des dividendes exceptionnels, pour éviter toute ambiguïté ;
  • prévoir des règles en cas de cession des parts ou de sortie anticipée d’un des associés ;
  • fixer des modalités d’arbitrage en cas de désaccords.


Une rédaction rigoureuse permet donc d’assurer une gouvernance fluide et stable de la SCI, de protéger les intérêts de chacun, et de préserver l’objectif de transmission patrimoniale qui motive le démembrement.

Quels sont les risques d’un démembrement de parts de SCI ?

Malgré ses nombreux avantages patrimoniaux et fiscaux, le démembrement de parts de SCI n’est pas sans risques. Une mauvaise anticipation ou une utilisation abusive du mécanisme peut entraîner des conséquences juridiques et fiscales importantes, voire remettre en cause l’opération elle-même.

Les risques d’abus de droit fiscal

L’administration fiscale veille de près à l’usage du démembrement de propriété, notamment lorsqu’il est utilisé dans un objectif purement fiscal. Si le montage est jugé artificiel, ou motivé exclusivement par la volonté d’éluder l’impôt, il peut être requalifié au titre de l’abus de droit fiscal (article L64 du Livre des procédures fiscales).

Sont notamment surveillés :

  • les démembrements mis en place sans cohérence avec une véritable stratégie patrimoniale ;
  • les donations qui interviennent immédiatement après la création de la SCI, sans logique de gestion ;
  • les montages qui visent uniquement à contourner les droits de mutation ou l’impôt sur la fortune immobilière, sans transfert réel de pouvoir ou de risque économique.


En cas de requalification, les conséquences peuvent être lourdes : annulation des avantages fiscaux, majoration des droits dus et pénalités pour manquement délibéré.

Les incertitudes fiscales et risque de requalification

Même lorsque le démembrement repose sur une véritable intention patrimoniale, certaines zones grises demeurent sur le plan fiscal. L’absence de cadre strictement défini peut entraîner des divergences d’interprétation, notamment sur :

  • la valorisation des parts démembrées ;
  • l’application des décotes (endettement, illiquidité, démembrement) ;
  • la répartition des revenus et des plus-values entre usufruitier et nu-propriétaire.


En cas de contrôle, l’administration peut remettre en cause certains éléments du calcul ou contester une sous-évaluation des parts, surtout si elle estime que l'opération n’est pas sincère ou cohérente avec la réalité économique.

Pour éviter tout risque de requalification, il est donc indispensable de :

  • documenter chaque étape du montage ;
  • justifier les choix de valorisation et de répartition ;
  • prévoir des statuts clairs et équilibrés.

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Contenu à vocation informative et pédagogique. Ceci ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée

Antoine Lagadec
Rédacteur spécialisé Finance et Juridique

Juriste d’affaires et économiste de formation, Antoine Lagadec rédige des contenus pédagogiques sur l’investissement, l’épargne et l’immobilier afin d’aider les épargnants à mieux comprendre leurs options et à construire une stratégie d’investissement adaptée à leurs objectifs.

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