Neutralité carbone
La neutralité carbone est l'équilibre, à l'échelle mondiale, entre les gaz à effet de serre émis par l'activité humaine et ceux retirés de l'atmosphère par les puits de carbone. Selon l'ADEME, cet objectif n'a de sens qu'à l'échelle de la planète : une organisation ne peut pas être neutre en carbone, elle peut contribuer à la neutralité mondiale.
Cette précision d'échelle n'est pas un détail de vocabulaire. C'est elle qui sépare un engagement climatique sérieux d'une formule marketing, et c'est elle que la plupart des communications d'entreprise passent sous silence. Cette fiche définit la neutralité carbone, explique pourquoi le mot ne s'applique pas à une organisation, détaille ce que le droit français autorise à écrire, et expose les limites de la compensation.
Neutralité carbone : la définition
La neutralité carbone désigne un état d'équilibre : sur une période donnée, les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine sont compensées par des absorptions d'origine humaine. Ce n'est pas l'absence d'émissions, c'est une balance qui se referme.
Le GIEC en donne la définition de référence dans le glossaire de son rapport spécial sur 1,5 °C, publié en 2018 : les émissions nettes de CO2 sont nulles lorsque les émissions humaines sont équilibrées, à l'échelle mondiale, par les absorptions humaines sur une période donnée. Le glossaire ajoute une précision décisive, qui explique une bonne partie de la confusion actuelle : le zéro émission nette et la neutralité carbone y désignent la même chose.
Les deux termes sont donc bien synonymes. L'ADEME relève toutefois que cette définition ne dit rien du périmètre auquel elle s'applique, et qu'elle est de ce fait libre d'interprétation. C'est précisément dans cet angle mort que s'est engouffré le vocabulaire commercial.
Qu'est-ce qu'un puits de carbone ?
Un puits de carbone est un réservoir qui absorbe plus de carbone qu'il n'en émet. Les principaux sont naturels : les forêts, les sols et surtout l'océan. S'y ajoutent des puits technologiques, comme la capture et le stockage du CO2, encore marginaux à l'échelle des volumes en jeu.
Leur capacité n'est pas extensible à volonté, et elle recule. Selon le Citepa, le puits net français est estimé à 52 millions de tonnes de CO2e en 2024 et compense environ 14 % des émissions des autres secteurs, lesquelles s'élevaient à 367 millions de tonnes. Après avoir fortement progressé entre 1990 et 2005, cette capacité d'absorption s'est nettement dégradée, sous l'effet notamment des sécheresses et de la mortalité des arbres.
Ce seul chiffre suffit à cadrer le débat. Si, à l'échelle d'un pays entier, les puits n'absorbent qu'un septième des émissions, aucune stratégie ne peut espérer atteindre la neutralité carbone par l'absorption seule. Il faut réduire les émissions, massivement, et le changement climatique ne laisse pas d'autre voie.
Un objectif mondial, pas un état d'entreprise
C'est le cœur du sujet, et l'ADEME le formule sans détour dans son avis sur la neutralité carbone : « L'objectif de neutralité carbone n'a donc réellement de sens qu'à l'échelle de la planète. »
L'agence en tire une conséquence directe pour les acteurs économiques, les collectivités et les citoyens : « Ils ne sont individuellement, ni ne peuvent devenir, ni se revendiquer "neutres en carbone". » En revanche, précise-t-elle, ils peuvent valoriser leur contribution à cet objectif mondial via leurs actions.
La nuance paraît sémantique. Elle ne l'est pas. Dire « nous sommes neutres » revient à affirmer que votre activité ne pèse plus sur le climat, ce qui n'a pas de sens à votre échelle. Dire « nous contribuons à la neutralité mondiale » décrit ce qui se passe réellement : vous réduisez vos émissions et vous financez des absorptions ailleurs.
L'échelle n'est pas binaire pour autant, et c'est ce que beaucoup de raccourcis ratent. Entre la planète et l'entreprise, il y a les États. À travers l'accord de Paris, ils se coordonnent pour atteindre cet équilibre et chacun reprend l'objectif à son niveau. Un pays peut donc légitimement viser la neutralité de son territoire. Une organisation, non.
Neutralité carbone, net zéro, zéro carbone : le même mot, des exigences différentes
Sur le fond, « neutralité carbone », « net zéro » et « zéro émission nette » désignent le même objectif d'équilibre. Le GIEC les tient pour équivalents, et l'ADEME range les allégations construites sur l'un ou l'autre dans la même catégorie.
La différence utile n'est donc pas lexicale, elle est méthodologique. Selon le référentiel derrière l'annonce, une même expression peut recouvrir une trajectoire scientifique exigeante ou un simple achat de crédits carbone. C'est ce que traite en détail notre fiche sur le net zero, qui compare les référentiels et détaille ce qu'ils imposent aux organisations.
Retenez la règle de lecture : ne regardez jamais le mot, regardez le référentiel et le périmètre d'émissions qu'il couvre. Une entreprise qui annonce la neutralité sans dire selon quelle méthode ni sur quel périmètre ne vous a rien dit.
Où en sont les engagements : Europe et France
La loi européenne sur le climat a rendu juridiquement contraignant l'objectif d'une économie européenne neutre en 2050, c'est-à-dire à émissions nettes de gaz à effet de serre nulles.
En France, c'est la loi énergie-climat du 8 novembre 2019 qui inscrit la neutralité carbone en 2050. Le texte en donne une définition instructive : un équilibre, sur le territoire national, entre les émissions humaines et les absorptions par les puits, à atteindre en divisant les émissions par un facteur supérieur à 6 par rapport à 1990.
Ce facteur 6 dit l'essentiel : la neutralité n'est pas une affaire de compensation, c'est d'abord une décarbonation massive. La trajectoire française est pilotée par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), révisée périodiquement, et les COP restent le lieu où les États révisent leurs engagements collectifs.
Peut-on écrire qu'une entreprise est « neutre en carbone » ?
En publicité, en France, la réponse est non, sauf à respecter des obligations lourdes de transparence. C'est l'un des rares endroits où une position d'agence est devenue une contrainte juridique.
Ce que le décret de 2022 encadre
Pris en application de la loi Climat et résilience, le décret n° 2022-539 du 13 avril 2022 encadre les allégations de neutralité carbone dans la publicité. Il vise les formules du type « neutre en carbone », « zéro carbone », « climatiquement neutre » ou « intégralement compensé », ainsi que toute formulation de portée équivalente. Cette dernière précision est essentielle : elle rattrape aussi les annonces habillées en anglais.
Depuis le 1er janvier 2023, un annonceur qui veut employer ces termes doit notamment :
- établir chaque année l'empreinte carbone du produit ou du service sur son cycle de vie, selon la norme ISO 14067 (à ne pas confondre avec le bilan carbone d'une organisation) ;
- publier un rapport de synthèse accessible au public, décrivant sa méthode de calcul, sa trajectoire de réduction des émissions sur dix ans et les projets de compensation financés, avec le coût des crédits carbone ;
- rendre ce rapport directement accessible depuis la publicité, par un lien ou un QR code ;
- retirer l'allégation si les émissions du produit augmentent d'une année sur l'autre.
Ce dernier point est le plus révélateur : le texte refuse qu'on achète de la neutralité pendant que l'empreinte réelle progresse.
Ce qui change au 27 septembre 2026
Ce régime de transparence vit ses derniers mois, et dans un sens plus sévère. La directive européenne « Transition verte » de 2024 ajoute à la liste noire des pratiques réputées trompeuses en toutes circonstances le fait d'affirmer, en se fondant sur la compensation, qu'un produit a un impact neutre, réduit ou positif sur l'environnement en matière de gaz à effet de serre. Sa date d'application est fixée au 27 septembre 2026.
Le projet de loi qui la transpose en droit français prévoit d'abroger les articles du code de l'environnement qui portent le régime issu de la loi Climat et résilience, celui-là même dont relève le décret de 2022. La logique s'inverse donc : hier une allégation encadrée et vérifiable, demain une pratique interdite en soi.
La nuance mérite d'être tenue avec précision, car elle renforce tout ce qui précède. Ce qui devient interdit, c'est l'allégation adossée à la compensation. Une communication qui repose sur des réductions d'émissions réelles, mesurées et datées, reste défendable. Autrement dit, le droit européen s'apprête à graver ce que l'ADEME écrit depuis 2021 : on ne devient pas neutre en achetant des crédits, on contribue en réduisant.
ISO 14068-1, la norme qui a remplacé PAS 2060
Publiée fin 2023, la norme ISO 14068-1 est la première norme internationale sur la neutralité carbone. Son titre officiel est à lui seul une leçon de vocabulaire : il associe la transition vers le zéro émission nette et la neutralité carbone. Les deux notions y cohabitent, ce qui confirme qu'aucune frontière lexicale nette ne les sépare.
Elle impose une hiérarchie : quantifier, réduire, puis seulement compenser le résiduel. Elle a succédé à la spécification britannique PAS 2060, retirée le 30 novembre 2025. Une communication qui s'appuie encore sur PAS 2060 s'appuie donc sur un référentiel mort.
L'ADEME, de son côté, liste noir sur blanc les formulations à proscrire. Voici les plus répandues, et ce qu'on peut écrire à la place.
| L'allégation | Pourquoi elle ne tient pas | La formulation qui tient |
|---|---|---|
| Notre entreprise est neutre en carbone | La neutralité n'a pas de sens à l'échelle d'une organisation, seulement à celle de la planète | Nous contribuons à la neutralité mondiale en réduisant nos émissions de X % depuis l'année N |
| Nos produits sont 100 % compensés | Met la compensation au premier plan, alors qu'elle ne vient qu'après la réduction | Nous avons réduit l'empreinte de ce produit de X %, et finançons des projets de séquestration pour le reste |
| Livraison zéro carbone | Laisse croire que l'activité n'a aucun effet sur le climat, ce qui est faux par construction | Nous finançons un projet de séquestration à hauteur des émissions de cette livraison |
| Objectif net zéro en 2050 | Sans référentiel ni périmètre annoncés, l'engagement n'est pas vérifiable | Objectif validé par un référentiel scientifique, couvrant les scopes 1, 2 et 3 |
Compensation carbone : ce qu'elle peut et ne peut pas faire
La compensation carbone consiste à financer, ailleurs, un projet qui évite des émissions ou qui séquestre du carbone. Elle a une utilité réelle : elle finance des projets qui n'existeraient pas sans elle. Mais elle bute sur trois limites que toute lecture sérieuse doit poser.
- La permanence : une forêt plantée stocke du carbone tant qu'elle est debout. Un incendie, une coupe, une maladie, et le carbone repart. Or une tonne de CO2 émise reste dans l'atmosphère pendant des siècles ;
- l'additionnalité : le projet financé n'a de valeur que s'il n'aurait pas eu lieu sans ce financement. Une forêt qui aurait poussé de toute façon ne compense rien ;
- la disponibilité : les puits mondiaux sont finis. Ils ne suffiront jamais à absorber les émissions actuelles, ce qui interdit d'en faire une stratégie de substitution à la réduction.
D'où la hiérarchie que retiennent aujourd'hui tous les référentiels sérieux : réduire d'abord, compenser le résiduel ensuite. Une communication qui inverse cet ordre est un signal d'alerte, et souvent la marque d'un greenwashing. Nos analyses détaillent comment repérer le greenwashing dans un fonds ISR et comment se calcule réellement une empreinte carbone.
Ce que la neutralité carbone change pour un épargnant
Votre épargne finance des entreprises, et ces entreprises communiquent. Savoir lire le mot « neutralité » vous sert donc directement à évaluer un fonds ou une société en portefeuille.
Trois réflexes suffisent à faire le tri :
- une entreprise qui se dit « neutre » se met en porte-à-faux avec la position de l'ADEME. Une entreprise qui parle de sa contribution et publie sa trajectoire de réduction est dans le vrai ;
- cherchez le référentiel et le périmètre. Sans eux, l'annonce n'est pas vérifiable ;
- regardez la part de compensation dans l'engagement. Si elle porte l'essentiel de la promesse, la réduction n'a pas eu lieu.
C'est cette lecture que nous appliquons à la sélection des fonds proposés dans l'assurance-vie Goodvest. Nous ne revendiquons aucune neutralité : nous publions une mesure. Au 31 décembre 2024, nos portefeuilles suivaient une trajectoire de réchauffement de 1,74 °C, pour un objectif de 1,5 °C, quand l'économie mondiale se dirige vers 3,8 °C. Leur empreinte moyenne s'établit à 138 tonnes de CO2e par million d'euros investi, soit 26 % d'émissions de carbone en moins que l'indice de référence. Ces trajectoires sont calculées par un tiers, selon la méthodologie Carbon Impact Analytics développée par Carbon4 Finance à partir du MSCI ACWI.
C'est précisément ce que l'ADEME appelle une contribution : une trajectoire mesurée, datée et opposable, plutôt qu'une allégation. Investir dans des solutions climatiques comporte, comme tout placement en unités de compte, un risque de perte en capital. Pour aller plus loin, nous détaillons pourquoi investir dans les solutions climatiques.
Ce qu'il faut retenir sur la neutralité carbone
La neutralité carbone est un objectif planétaire, repris par les États à l'échelle de leur territoire, et hors de portée d'une organisation prise isolément. « Neutralité carbone » et « net zéro » désignent la même chose : ce qui les sépare en pratique, c'est la méthode revendiquée, jamais le mot choisi.
Le droit se resserre. Encadrée depuis 2023 en publicité, l'allégation adossée à la compensation devient une pratique trompeuse en toutes circonstances au 27 septembre 2026, et la norme ISO 14068-1 impose déjà de réduire les émissions avant de compenser. Un engagement crédible se reconnaît donc à trois choses : un périmètre annoncé, un référentiel nommé, et une réduction des émissions qui précède la compensation.
Cet article est fourni à titre pédagogique et informatif. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une incitation à investir. Les investissements en unités de compte présentent un risque de perte en capital.

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Questions fréquentes
C'est quoi la neutralité carbone ?
La neutralité carbone est l'équilibre, à l'échelle mondiale, entre les gaz à effet de serre émis par l'activité humaine et ceux retirés de l'atmosphère par les puits de carbone (forêts, sols, océan). Elle ne signifie pas l'absence d'émissions, mais une balance qui se referme. Selon l'ADEME, cet objectif n'a réellement de sens qu'à l'échelle de la planète.
Comment atteindre la neutralité carbone ?
Atteindre la neutralité carbone suppose trois étapes, dans cet ordre :
- mesurer les émissions de gaz à effet de serre sur un périmètre défini ;
- réduire les émissions massivement : la France vise 2050 en divisant les siennes par un facteur supérieur à 6 par rapport à 1990 ;
- compenser le seul résiduel, en préservant et en développant les puits de carbone.
L'ordre n'est pas négociable : en France, les puits n'absorbent qu'environ 14 % des émissions des autres secteurs (Citepa, 2024). La compensation ne peut donc jamais remplacer la réduction.
Quel est un exemple de neutralité carbone ?
Le seul exemple correct est celui d'un territoire, pas d'une entreprise. La France s'est fixé la neutralité carbone en 2050 : un équilibre, sur son territoire national, entre les émissions humaines et les absorptions par les puits de carbone. À l'inverse, une entreprise qui se déclare « neutre en carbone » emploie une allégation que l'ADEME juge dénuée de sens à son échelle, et qui deviendra une pratique trompeuse en toutes circonstances au 27 septembre 2026 lorsqu'elle repose sur la compensation.
Une entreprise peut-elle être neutre en carbone ?
Non. L'ADEME écrit que les acteurs économiques « ne sont individuellement, ni ne peuvent devenir, ni se revendiquer "neutres en carbone" ». Une organisation peut en revanche valoriser sa contribution à la neutralité mondiale, en publiant sa trajectoire de réduction et le périmètre d'émissions qu'elle couvre.
Neutralité carbone et net zéro, est-ce la même chose ?
Oui, sur le fond. Le glossaire du GIEC pose lui-même l'équivalence entre zéro émission nette et neutralité carbone. La différence utile n'est pas dans le mot mais dans le référentiel : deux entreprises peuvent employer la même expression pour des exigences méthodologiques très différentes. Voir la fiche net zero.
A-t-on le droit d'écrire « neutre en carbone » dans une publicité ?
De moins en moins. Depuis le 1er janvier 2023, le décret n° 2022-539 l'autorise à condition d'établir une empreinte carbone annuelle sur le cycle de vie, de publier sa méthode, sa trajectoire de réduction sur dix ans et ses projets de compensation, et de rendre ce rapport accessible depuis la publicité. Au 27 septembre 2026, la directive européenne « Transition verte » va plus loin : affirmer, en se fondant sur la compensation, qu'un produit a un impact neutre sur le climat devient une pratique trompeuse en toutes circonstances. Une allégation fondée sur des réductions d'émissions réelles reste, elle, défendable.
Quand la France doit-elle atteindre la neutralité carbone ?
En 2050. L'objectif est inscrit dans la loi énergie-climat du 8 novembre 2019, qui le définit comme un équilibre sur le territoire national entre les émissions humaines et les absorptions par les puits de carbone. La trajectoire est pilotée par la Stratégie nationale bas-carbone.








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