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Le régime mère-fille : tout savoir sur ce régime d'optimisation fiscale

Le régime mère-fille : tout savoir sur ce régime d'optimisation fiscale

Le régime mère-fille permet à une holding de recevoir les dividendes de ses filiales en quasi-exonération d'impôt sur les sociétés. Concrètement, sur 100 000 € remontés, la holding acquitte 1 250 € d'IS au lieu de 25 000 € soit une imposition effective de 1,25 %. C'est le dispositif le plus utilisé par les groupes de sociétés français, et le socle fiscal de la plupart des holdings patrimoniales. Nous détaillons ici son fonctionnement, ses conditions d'accès, ses limites réelles, son articulation avec l'intégration fiscale et les précautions à prendre pour le sécuriser.

Calculatrice et documents.
L'essentiel en bref

Le régime mère-fille permet à une holding de percevoir les dividendes de ses filiales en quasi-exonération d'impôt sur les sociétés : seule une quote-part de 5 % reste imposable, soit 1,25 % du dividende brut au taux normal de 25 %.

  • Conditions cumulatives : mère et filiale soumises à l'IS, 5 % du capital au minimum, titres nominatifs détenus en pleine propriété ou en nue-propriété, conservation pendant deux ans.
  • Sur 100 000 € de dividendes remontés, la holding acquitte 1 250 € d'IS au lieu de 25 000 € (à titre illustratif).
  • Dans un groupe fiscalement intégré, la quote-part tombe à 1 %, soit 0,25 % d'imposition effective.
  • Les fonds sortis de la holding vers le dirigeant restent soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis 2026.

Le régime mère-fille : qu'est-ce que c'est ?

Le régime mère-fille est un régime fiscal optionnel prévu aux articles 145 et 216 du Code général des impôts. Il permet à une société mère (le plus souvent une holding) de retrancher de son résultat imposable les dividendes qu'elle perçoit de ses filiales, à l'exception d'une quote-part forfaitaire de 5 % réputée couvrir ses frais de gestion.

Sa raison d'être est simple : éviter une double imposition économique. Les bénéfices d'une filiale ont déjà supporté l'IS au moment où elle les a réalisés. Sans régime de faveur, ces mêmes bénéfices seraient imposés une seconde fois entre les mains de la holding qui les reçoit sous forme de dividendes, au taux normal de 25 %.

Ce mécanisme n'est pas une spécificité française. Il découle de la directive européenne 2011/96/UE, dite « mère-filles », qui impose aux États membres d'éliminer la double imposition des dividendes intra-groupe. C'est elle qui sécurise l'application du régime aux filiales établies dans un autre État de l'Union.

Rappel de Goodvest : une holding est une société qui détient des parts ou des titres dans une ou plusieurs autres sociétés, appelées filiales. « Holding » n'est pas une forme juridique mais une fonction : la structure prend la forme d'une SAS, d'une SARL, d'une SA ou d'une société civile, et peut relever de l'impôt sur le revenu comme de l'impôt sur les sociétés. En revanche, seule une holding soumise à l'IS peut prétendre au régime mère-fille (nous y revenons dans les conditions).

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Le fonctionnement du régime mère-fille

Le principe tient en une opération extra-comptable, réalisée sur la liasse fiscale de la holding : elle déduit de son résultat la totalité des dividendes perçus, puis y réintègre une quote-part de frais et charges (QPFC) de 5 % du produit total des participations, crédit d'impôt compris (article 216, I du CGI).

Rien ne se passe au niveau de la filiale. Elle distribue ses dividendes comme elle l'aurait fait sans le régime : c'est uniquement le traitement fiscal chez la mère qui change.

Quel est le coût réel de la remontée de dividendes ?

En régime mère-fille, les dividendes remontés à la holding supportent 1,25 % d'impôt sur les sociétés. Ce taux correspond à la quote-part de 5 % imposée au taux normal de l'IS de 25 %, soit 5 % × 25 % = 1,25 % du dividende brut.

Deux variantes existent :

  • Si la holding remplit les conditions du taux réduit d'IS à 15 % (chiffre d'affaires hors taxes inférieur à 10 millions d'euros, capital entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques) et que son résultat imposable reste dans la limite des 42 500 premiers euros, l'imposition effective tombe à 0,75 %.
  • Si la holding et sa filiale appartiennent à un groupe fiscalement intégré, la quote-part est ramenée à 1 %, soit 0,25 % d'imposition effective. Nous détaillons ce cas plus loin.

Exemple pour illustrer le fonctionnement et l'efficacité du régime mère-fille

Prenons une filiale qui remonte 100 000 € de dividendes à sa holding, l'une et l'autre soumises à l'IS au taux normal de 25 %.

Sans le régime mère-fille

  • Base imposable chez la holding : 100 000 €
  • IS à 25 % : 25 000 €
  • Net conservé par la holding : 75 000 €

Avec le régime mère-fille

  • Dividendes déduits du résultat : 100 000 €
  • Quote-part de frais et charges réintégrée : 100 000 € × 5 % = 5 000 €
  • IS à 25 % sur cette quote-part : 1 250 €
  • Net conservé par la holding : 98 750 €

L'économie s'élève à 23 750 €, soit 23,75 % du dividende remonté.

Une précision qui change le calcul dans certains cas : la quote-part n'est pas imposée isolément, elle vient s'ajouter au résultat fiscal de la holding. Le taux qui s'y applique est donc celui dont relève effectivement la société. Une holding éligible au taux réduit de 15 % dont le résultat total reste sous 42 500 € acquittera 750 € au lieu de 1 250 €. Une holding déficitaire, elle, verra son déficit réduit à due concurrence : la quote-part reste due en substance, même en l'absence de bénéfice.

Quels sont les produits éligibles au régime mère-fille ?

Le régime ne vise pas que les dividendes au sens strict. Sont concernés les produits de participation remontés par la filiale, notamment :

  • les bénéfices et dividendes ;
  • le boni de liquidation ;
  • les distributions de réserves, de droits sociaux d'autres entités et de droits de souscription ;
  • les sommes versées dans le cadre d'un partage partiel ou d'un rachat de droits sociaux ;
  • les avances, prêts ou acomptes accordés aux associés ;
  • les intérêts excédentaires perçus par la holding et réintégrés dans le bénéfice imposable de la filiale.

À l'inverse, plusieurs flux sont exclus du régime, en particulier les distributions déductibles du résultat imposable de la société distributrice et les jetons de présence. La règle de fond : seuls les vrais produits de participation remontent en quasi-exonération, pas les flux qui ont déjà réduit le résultat de la filiale.

Conseil de Goodvest : saviez-vous que les titres éligibles au régime mère-fille peuvent également ouvrir droit à l'exonération prévue par la « niche Copé » ? Ce régime distinct, celui des titres de participation, ne soumet à l'impôt qu'une quote-part de 12 % de la plus-value réalisée lors de la cession. Nous y revenons dans la partie consacrée aux avantages.

Quelles sont les conditions à respecter pour bénéficier du régime mère-fille ?

Les conditions figurent à l'article 145 du CGI. Elles sont cumulatives : il suffit qu'une seule ne soit pas remplie pour que le régime tombe et que l'IS redevienne exigible au taux plein.

Régime mère-fille : les conditions relatives à la holding

  • Aucune condition de forme juridique. SARL, SAS, SA, société civile : toutes les formes sont admises dès lors que les autres conditions sont réunies.
  • La holding doit être soumise à l'impôt sur les sociétés au taux normal, de plein droit ou sur option, sur tout ou partie de son activité. Une société totalement exonérée d'IS, ou soumise au seul impôt sur le revenu, ne peut pas en bénéficier. Une SCI ayant opté pour l'IS, en revanche, est éligible.
  • Le siège doit être établi en France, dans un État membre de l'Union européenne, ou dans un État de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en matière de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales.

Régime mère-fille : les conditions relatives aux filiales

  • Aucune condition de forme juridique non plus.
  • La filiale doit être soumise à l'impôt sur les sociétés, ou à un impôt équivalent si elle est établie à l'étranger. C'est ce qui permet à une holding française de faire remonter en quasi-exonération les dividendes d'une filiale allemande, italienne ou espagnole.
  • Une filiale à l'IR reste hors du dispositif. Une holding qui détient à la fois des filiales à l'IS et à l'IR applique le régime aux premières seulement.

Régime mère-fille : les conditions relatives au niveau de détention des filiales par la holding

  • Détenir au moins 5 % du capital de la filiale. Le seuil s'apprécie à la date de mise en paiement des dividendes, et non à la clôture de l'exercice ou à la date d'inscription comptable. C'est un point pratique : une participation qui franchit puis repasse sous le seuil dans l'année reste éligible si elle atteint 5 % au moment de la mise en paiement.
  • Détenir les titres en pleine propriété ou en nue-propriété. L'usufruit seul n'ouvre pas droit au régime : un montage dans lequel la holding ne détient que l'usufruit des titres pour en percevoir les dividendes ne fonctionne pas.
  • Les titres doivent revêtir la forme nominative, c'est-à-dire que le nom de la holding figure dans le registre des mouvements de titres de la filiale. Cette exigence formelle est régulièrement oubliée lors de restructurations rapides.
  • Conserver les titres pendant deux ans. Le régime s'applique dès la première distribution, sans attendre l'expiration du délai : c'est l'engagement de conservation qui compte. Mais le bénéfice n'est définitivement acquis qu'au terme des deux ans.

Sur ce dernier point, la sanction mérite d'être connue. Si la holding cède les titres avant l'échéance, elle doit reverser l'impôt dont elle a été exonérée, majoré des intérêts de retard prévus à l'article 1727 du CGI. Une cession intervenue un mois trop tôt fait tomber l'exonération sur l'ensemble des dividendes perçus depuis l'acquisition.

Les cas dans lesquels le régime mère-fille ne s'applique pas

Au-delà des conditions positives, l'article 145, 6 du CGI écarte expressément certains produits, notamment :

  • les distributions déductibles du résultat imposable de la société qui les verse ;
  • les produits de titres sans droit de vote, sauf lorsque la holding détient par ailleurs au moins 5 % du capital et des droits de vote de la filiale ;
  • les produits de titres de sociétés établies dans un État ou territoire non coopératif ;
  • les produits de parts de sociétés immobilières inscrites en stock à l'actif de sociétés exerçant une activité de marchand de biens.

Les avantages et les inconvénients du régime mère-fille

Les avantages du régime mère-fille

  • Une fiscalité très allégée sur les dividendes remontés. C'est l'avantage principal : 95 % des dividendes échappent à l'IS chez la holding, ce qui ramène l'imposition effective à 1,25 % au taux normal. Sur un flux annuel de 500 000 €, l'écart avec le régime de droit commun représente près de 119 000 € d'IS.
  • Un formalisme quasi inexistant. Contrairement à l'intégration fiscale, le régime ne suppose ni notification préalable à l'administration, ni convention entre sociétés, ni accord formel des filiales. L'option se matérialise sur la liasse fiscale.
  • Un seuil d'accès bas. 5 % du capital suffit. Le régime reste donc ouvert aux participations minoritaires, aux joint-ventures et aux holdings hétérogènes qui ne pourraient jamais atteindre les 95 % exigés par l'intégration fiscale.
  • Un effet de levier pour le développement du groupe. Les dividendes remontés quasiment intacts peuvent être réinvestis depuis la holding : dans d'autres sociétés d'exploitation, dans un actif immobilier via une SCI à l'IS, ou dans des placements financiers logés au niveau de la structure. C'est cette capacité de réallocation qui justifie l'existence d'une grande partie des holdings patrimoniales françaises.

Un mot sur la cession des titres, souvent rattachée à tort au régime mère-fille. 

Les titres qui ouvrent droit au régime mère-fille relèvent généralement aussi du régime des titres de participation, prévu à l'article 219, I, a quinquies du CGI et connu sous le nom de « niche Copé ». Ce régime, distinct, n'impose qu'une quote-part de frais et charges de 12 % du montant brut de la plus-value de cession, sous condition de détention de deux ans. Les titres de sociétés à prépondérance immobilière en sont exclus. Les deux régimes se rencontrent souvent chez la même holding, mais ils obéissent à des textes et à des conditions différents.

Lire aussi : Dans quoi investir après la cession de son entreprise ?

Les inconvénients du régime mère-fille

Le régime mère-fille est simple et efficace, mais il n'est pas sans contrepartie. Six limites méritent d'être anticipées.

1. La double imposition n'est pas supprimée, elle est déplacée. C'est la limite la plus structurante, et elle tient davantage au recours à une holding qu'au régime lui-même. Tant que les fonds restent dans la structure, le frottement fiscal est minime. Mais dès que le dirigeant veut se les verser à titre personnel, la holding distribue à son tour des dividendes, soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le relèvement de la CSG au 1er janvier 2026) ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu après un abattement de 40 %.

Le régime mère-fille atténue considérablement le premier étage de cette chaîne. Il ne fait rien sur le second.

Lire aussi : Chef d'entreprise ou dirigeant de SAS : pourquoi ouvrir un PER ?

2. La quote-part de 5 % est due même sans frais réels. Il s'agit d'un forfait, pas d'un remboursement de charges. Une holding qui n'engage aucun frais de gestion sur sa participation acquitte la même quote-part qu'une holding animatrice qui en supporte beaucoup.

3. Elle est due même en cas de résultat déficitaire. La réintégration vient majorer le résultat fiscal ou réduire le déficit reportable. Une holding en pertes ne l'évite pas ; elle en décale seulement l'effet.

4. L'engagement de conservation de deux ans est une contrainte réelle. Il fige la participation à un horizon qui n'est pas toujours celui du groupe. Une cession opportuniste, une restructuration ou une sortie d'associé intervenue avant l'échéance déclenche la restitution de l'impôt exonéré, majoré des intérêts de retard.

5. Aucune remontée des déficits entre filiales. Le régime traite chaque société isolément. Le déficit d'une filiale reste prisonnier de cette filiale et ne peut pas venir compenser le bénéfice d'une société sœur. Pour cela, il faut passer à l'intégration fiscale.

6. La conservation formelle des titres ne suffit plus. Depuis les décisions du Conseil d'État du 29 novembre 2024, le respect littéral du délai de deux ans ne met plus à l'abri d'un redressement si la holding n'a aucune implication économique dans sa filiale. Nous détaillons ce point plus bas.

À cela s'ajoute le coût de la structure elle-même. Créer et faire vivre une holding suppose des statuts, une comptabilité, une liasse fiscale et des assemblées supplémentaires. Le régime mère-fille est gratuit ; la holding qui le porte ne l'est pas.

Comment mettre en place le régime mère-fille entre plusieurs sociétés ?

La mise en place est légère, à condition que les conditions de l'article 145 soient réunies.

Le régime ne s'applique pas automatiquement : c'est une option, exercée par la seule société mère. La filiale n'a aucune démarche à accomplir.

Aucune déclaration ni agrément préalable n'est requis. L'option résulte des mentions portées sur la déclaration de résultats de la holding :

  • Au régime réel normal, les produits de participation éligibles sont portés ligne XA du tableau n° 2058-A-SD (« détermination du résultat fiscal »), et la quote-part de frais et charges dans la zone 2A de cette même ligne.
  • Au régime réel simplifié, la déduction figure sur le tableau n° 2033-B.

L'option se renouvelle à chaque exercice et s'apprécie filiale par filiale. Une holding peut donc l'exercer pour certaines de ses participations et pas pour d'autres, ce qui arrive lorsque toutes ne remplissent pas les conditions. Le fait qu'une filiale soit inéligible n'empêche en rien d'appliquer le régime aux autres.

Régime mère-fille et intégration fiscale : lequel choisir ?

Ces deux régimes sont régulièrement confondus. Ils ne poursuivent pas le même objectif et ne s'excluent pas.

Le régime mère-fille traite un problème précis : la double imposition des dividendes. Il s'applique société par société, dès 5 % de détention.

L'intégration fiscale (articles 223 A et suivants du CGI) fait tout autre chose : elle consolide les résultats fiscaux du groupe. La société mère devient seule redevable de l'IS pour l'ensemble du périmètre, et les bénéfices des unes viennent compenser les pertes des autres. Elle suppose une détention d'au moins 95 % du capital et des droits de vote, une option engageant pour cinq ans, l'accord des filiales et un suivi comptable substantiel.

Régime mère-fille et intégration fiscale : ce qui les distingue

Critère Régime mère-fille Intégration fiscale
Seuil de détention 5 % du capital 95 % du capital et des droits de vote
Quote-part de frais et charges 5 %
1 % pour certaines filiales UE / EEE
1 % sur les dividendes intra-groupe
Imposition effective des dividendes 1,25 % 0,25 %
Compensation des déficits entre filiales Non Oui
Engagement Conservation des titres pendant 2 ans Option de 5 ans, renouvelable
Formalisme Mentions sur la liasse fiscale, renouvelées chaque exercice Notification à l'administration, accord des filiales, résultat d'ensemble
Filiales étrangères Éligibles si soumises à un impôt équivalent Hors périmètre d'intégration

Taux d'IS retenu : 25 %. Sources : articles 145, 216 et 223 A et suivants du Code général des impôts. Les deux régimes sont cumulables au sein d'une même holding.

La quote-part ramenée à 1 %

Au sein d'un groupe fiscalement intégré, les dividendes échangés entre sociétés membres supportent une quote-part de frais et charges de 1 % au lieu de 5 % (article 216, I, 1° du CGI), à condition que la participation soit détenue depuis plus d'un exercice. L'imposition effective tombe alors à 0,25 % du dividende.

Sur 1 000 000 € de dividendes intra-groupe, l'écart représente 10 000 € d'IS par an, un gain réel, mais à mettre en regard du coût administratif que l'intégration fait supporter au groupe.

Le cas des filiales européennes, sans intégration

Point moins connu, et introduit par la loi de finances pour 2024 : la quote-part de 1 % s'applique aussi hors de tout groupe intégré, aux dividendes versés par une filiale soumise à un impôt équivalent à l'IS dans un État de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen, dès lors que les deux sociétés rempliraient depuis plus d'un exercice les conditions pour former un groupe intégré si la filiale était établie en France (article 216, I, 2° du CGI).

Autrement dit, une holding française qui détient 100 % d'une filiale italienne bénéficie de la quote-part à 1 % sans avoir à opter pour quoi que ce soit, l'intégration fiscale n'étant de toute façon pas ouverte aux filiales étrangères.

Les deux régimes se cumulent

Une même holding peut parfaitement appliquer l'intégration fiscale à ses filiales détenues à 95 % ou plus, et le régime mère-fille à celles qu'elle détient entre 5 % et 95 %. C'est la configuration courante d'une holding qui combine une société d'exploitation détenue à 100 % et des participations minoritaires.

En pratique, le régime mère-fille suffit dans la grande majorité des situations. L'intégration fiscale ne se justifie que si deux conditions au moins sont réunies : une détention supérieure à 95 %, et une raison économique concrète d'y aller, une filiale durablement déficitaire à compenser, ou un flux de dividendes intra-groupe suffisant pour que le différentiel de quote-part couvre le surcoût comptable annuel.

Régime mère-fille et abus de droit : les précautions à prendre

Le régime mère-fille est un régime de faveur, et l'administration en surveille les usages détournés.

Le 29 novembre 2024, le Conseil d'État a rendu trois décisions le même jour en matière d'abus de droit appliqué à ce régime (n° 469012, Société Hellier du Verneuil ; n° 470958 ; n° 487707). Elles portent respectivement sur la cession de titres d'une société dépourvue de substance économique, sur une cession intervenue juste après l'expiration du délai de deux ans, et sur un cas d'interposition artificielle de sociétés.

L'apport de la décision Hellier du Verneuil est direct. Une société mère avait acquis les parts d'une SCI, celle-ci avait revendu son immeuble cinq jours plus tard, puis versé le produit de la vente à la mère sous forme d'acompte sur dividendes, la mère conservant ensuite les titres le temps requis. Le Conseil d'État juge que la conservation des titres d'une filiale privée de tous ses actifs, dans des conditions caractérisant l'absence de toute implication de la mère dans le développement économique de sa fille, constitue un abus de droit justifiant la remise en cause du régime.

Ce qu'il faut en retenir : cocher la case des deux ans ne suffit plus. La holding doit pouvoir démontrer une réalité économique. En pratique, cela passe par des éléments documentés au moment des décisions, et non reconstitués après un contrôle : conventions de prestations de services réellement facturées à la filiale, procès-verbaux formalisant les décisions stratégiques, gestion de trésorerie effectivement centralisée, motif économique identifiable derrière la structuration.

L'enjeu financier est significatif : la remise en cause du régime entraîne le rappel de l'IS éludé, les intérêts de retard, et une majoration en cas d'abus de droit caractérisé.

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Antoine Lagadec
Rédacteur spécialisé Finance et Juridique

Juriste d’affaires et économiste de formation, Antoine Lagadec rédige des contenus pédagogiques sur l’investissement, l’épargne et l’immobilier afin d’aider les épargnants à mieux comprendre leurs options et à construire une stratégie d’investissement adaptée à leurs objectifs.

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