Donation avec réserve d'usufruit : définition, fiscalité et exemples

La donation avec réserve d'usufruit est une pratique très couramment employée par les conseillers en gestion de patrimoine pour anticiper la succession de leur client. L’objectif principal de la donation avec réserve d’usufruit est de conserver l’usage de la chose donnée jusqu’à sa mort tout en limitant drastiquement le montant des droits de succession.

Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?
Les trois composantes du droit de propriété
La pleine propriété d'un bien, telle que la définit l'article 544 du Code civil, ne se résume pas à un droit unique et monolithique. Elle se décompose en trois attributs distincts, que le droit reconnaît à tout propriétaire :
- L'usus est le droit d'usage du bien : habiter un logement, conduire un véhicule, utiliser un meuble.
- Le fructus est le droit d'en percevoir les fruits : encaisser les loyers d'un appartement mis en location, recevoir les dividendes d'actions, toucher les intérêts d'un placement financier.
- L'abusus est le droit de disposer du bien dans sa substance : le vendre, le donner, le détruire, le modifier structurellement.
Ces trois attributs appartiennent normalement à une seule et même personne : le “plein” propriétaire. Mais le droit civil permet de les séparer. On parle alors de démembrement de propriété.
Usufruit et nue-propriété : qui détient quoi ?
Lorsqu'un bien est démembré, sa propriété est partagée entre deux personnes aux droits complémentaires mais distincts.
- L'usufruitier détient l'usus et le fructus. Concrètement, il peut occuper le bien, le louer et en percevoir les revenus. En revanche, il ne peut pas le vendre, le donner ou en modifier la substance sans l'accord du nu-propriétaire.
- Le nu-propriétaire détient l'abusus. Il est juridiquement propriétaire du bien, mais sans pouvoir en jouir ni en percevoir les fruits tant que dure le démembrement. Son droit est réel, mais différé : il n'a vocation à exercer pleinement ses prérogatives qu'à l'extinction de l'usufruit.
La pleine propriété se reconstitue automatiquement sur la tête du nu-propriétaire à la fin du démembrement, sans formalité particulière et sans imposition supplémentaire en vertu de l'article 1133 du CGI. C'est précisément ce mécanisme qui fonde l'intérêt patrimonial du démembrement.
Usufruit viager ou temporaire : quelle différence ?
Le démembrement peut prendre deux formes selon la durée prévue.
- L'usufruit viager dure jusqu'au décès de l'usufruitier. C'est la forme la plus fréquente dans les stratégies de transmission familiale : un parent donne la nue-propriété de son bien immobilier à ses enfants et conserve l'usufruit jusqu'à sa mort. À son décès, les enfants récupèrent automatiquement la pleine propriété, sans droits de succession supplémentaires.
- L'usufruit temporaire est limité à une durée fixe déterminée dans l'acte, par exemple dix ou vingt ans. À l'échéance, le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété, que l'usufruitier soit vivant ou décédé. Fiscalement, la valeur de l'usufruit temporaire est fixée à 23 % de la valeur de la pleine propriété par tranche de dix ans (article 669 II du CGI).
Le choix entre ces deux formes n'est pas anodin. L'usufruit viager offre une protection maximale au donateur sur le long terme, mais le donataire reste nu-propriétaire jusqu'au décès, parfois pendant plusieurs décennies.
L'usufruit temporaire peut être plus adapté quand l'objectif est de transmettre des revenus à un enfant pendant une période délimitée (pour financer ses études par exemple) tout en récupérant ensuite l'intégralité des droits sur le bien. Les deux stratégies méritent d'être étudiées en fonction de l'âge du donateur, de la nature du bien et des objectifs patrimoniaux poursuivis.
Lire aussi : Comment réduire ses impôts en 2026 ?
En quoi consiste la donation avec réserve d'usufruit ?
Donner la nue-propriété, conserver l'usufruit : le mécanisme
La donation avec réserve d'usufruit repose sur un principe simple : au lieu de donner la pleine propriété d'un bien, le donateur n'en transmet que la nue-propriété et conserve l'usufruit pour lui-même, généralement jusqu'à son décès.
Concrètement, le donateur continue à occuper son logement ou à percevoir ses loyers exactement comme avant la donation. Sa vie quotidienne est inchangée. Le donataire, celui qui reçoit, devient nu-propriétaire du bien, mais sans pouvoir en disposer librement tant que l'usufruitier est en vie. Ce n'est qu'au décès du donateur que l'usufruit s'éteint et que la pleine propriété se reconstitue automatiquement entre ses mains, sans droits de succession supplémentaires à acquitter.
Donation simple ou donation-partage avec réserve d'usufruit ?
Deux formes juridiques permettent de réaliser une donation avec réserve d'usufruit.
- La donation simple, au sens de l'article 894 du Code civil, est la transmission immédiate et irrévocable d'un bien à un donataire unique qui l'accepte. Elle peut porter sur n'importe quel type de bien et concerner un seul bénéficiaire.
- La donation-partage permet au donateur de partager de son vivant tout ou partie de son patrimoine entre plusieurs héritiers en une seule opération. Elle présente un avantage civil majeur : les biens transmis par donation-partage sont évalués au jour de la donation pour le calcul de la réserve héréditaire et non au jour du décès, ce qui fige la valeur et réduit le risque de contestation entre héritiers au moment de la succession. C'est souvent la solution privilégiée par les familles avec plusieurs enfants souhaitant anticiper un partage équitable.
Dans les deux cas, la réserve d'usufruit peut être stipulée dans l'acte, avec les mêmes effets fiscaux.
Conseil de Goodvest : la donation avec réserve d'usufruit ne permet pas de déroger aux règles civiles de la succession. Les héritiers réservataires, les enfants en premier lieu, ne peuvent pas être totalement déshérités. Au décès du donateur, un rapport civil réunit l'ensemble des donations effectuées de son vivant pour vérifier que la réserve héréditaire a bien été respectée.
Sur quels types de biens peut-on appliquer la donation avec réserve d’usufruit ?
La donation avec réserve d'usufruit peut théoriquement porter sur tout bien susceptible d'être approprié et dont les droits sont cessibles. En pratique, elle s'applique principalement à :
- L'immobilier : résidence principale, résidence secondaire, bien locatif, parts de SCI. C'est l'application la plus courante et la plus documentée.
- Les titres financiers : actions, obligations, parts de fonds d'investissement. L'usufruitier perçoit alors les dividendes et les revenus, tandis que le nu-propriétaire détient les titres.
- Le contrat de capitalisation : contrairement au contrat d'assurance-vie, il peut faire l'objet d'une donation avec réserve d'usufruit. Nous y reviendrons en détail dans une section dédiée.
- Les parts d'entreprise : dans le cadre d'une transmission d'entreprise, la donation avec réserve d'usufruit permet au dirigeant de transmettre ses titres à ses enfants tout en conservant les droits de vote attachés à l'usufruit, selon les statuts de la société.
- Une société civile patrimoniale : Il est par ailleurs possible d’aller plus loin en envisageant la donation avec réserve d'usufruit d’une société civile patrimoniale constituée aux fins de transmission.
- Les sommes d'argent : possible, mais ce cas est soumis à des règles spécifiques liées au quasi-usufruit et a été profondément modifié par la loi de finances 2024.
Vous souhaitez mettre en place un démembrement de propriété, mais tout cela reste compliqué pour vous ? N’hésitez pas à prendre RDV avec nos conseillers privés pour discuter plus en détail de votre projet !
Quels sont les avantages fiscaux de la donation avec réserve d'usufruit ?
Le barème de l'article 669 du CGI : comment est calculée la valeur de la nue-propriété ?
Lorsqu'une donation avec réserve d'usufruit est réalisée, les droits de donation ne sont pas calculés sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété transmise. Cette valeur est déterminée par un barème fiscal fixé à l'article 669 du Code général des impôts, qui répartit la valeur du bien entre usufruit et nue-propriété en fonction de l'âge de l'usufruitier au jour de la donation.
La logique du barème est simple : plus l'usufruitier est jeune, plus son espérance de vie est longue, plus l'usufruit a de valeur, et donc plus la nue-propriété transmise est décotée. Donner tôt est donc fiscalement plus avantageux.
Source : article 669 du CGI.
Ce barème change par tranches de dix ans : à chaque fois que l'usufruitier franchit un palier (60, 70, 80 ans...), la valeur de la nue-propriété augmente mécaniquement, ce qui réduit l'avantage fiscal. Il peut donc être stratégiquement pertinent d'anticiper une donation avant de changer de tranche.
Lire aussi : Pourquoi effectuer une donation à vos enfants avant 70 ans ?
L'optimisation des abattements sur les donations
Les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété après application des abattements légaux. En ligne directe, chaque parent bénéficie d'un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Au-delà, un barème progressif s'applique, allant de 5 % à 45 % selon les montants transmis.
La combinaison de la décote liée au démembrement et des abattements peut permettre de transmettre un patrimoine significatif en franchise totale de droits, à condition d'anticiper suffisamment tôt et de renouveler les donations dans les délais.
Au-delà des abattements en ligne directe, d'autres abattements existent selon le lien de parenté :
- 31 865 € entre grands-parents et petits-enfants, renouvelable tous les 15 ans
- 15 932 € entre frères et sœurs
- 7 967 € entre oncles ou tantes et neveux ou nièces
La réunification de la pleine propriété au décès : aucun droit supplémentaire
C'est l'un des atouts majeurs du mécanisme. Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint automatiquement et la pleine propriété se reconstitue sur la tête du nu-propriétaire, sans aucune formalité supplémentaire et sans droits de mutation à acquitter. L'article 1133 du CGI est explicite sur ce point : aucun impôt ni droit n'est dû pour ce remembrement.
En pratique, cela signifie que la valeur de l'usufruit, qui n'avait pas été taxée lors de la donation, est transmise gratuitement au décès du donateur. Plus la donation a été réalisée tôt, plus cet avantage est important : la nue-propriété transmise à faible valeur fiscale donne accès, in fine, à un bien dont la valeur aura potentiellement augmenté pendant toute la durée du démembrement.
Exemple chiffré de donation avec réserve d’usufruit
Monsieur et Madame Dupont ont respectivement 63 et 61 ans. Ils sont propriétaires d'une maison estimée à 500 000 € et souhaitent la transmettre à leurs deux enfants tout en continuant à l'habiter.
Sans donation avec réserve d'usufruit, la maison intègre l'actif successoral au décès. Chaque enfant hériterait de 250 000 €, soit 150 000 € après abattement de 100 000 €. Des droits de succession seraient dus sur cette base.
Avec une donation avec réserve d'usufruit réalisée aujourd'hui :
- À 63 ans, Monsieur Dupont se situe dans la tranche 61-70 ans : la nue-propriété représente 60 % de la valeur du bien, soit 300 000 €.
- La donation porte donc sur 300 000 €, répartis entre deux enfants, soit 150 000 € par enfant.
- Chaque parent bénéficie d'un abattement de 100 000 € par enfant. Avec deux parents donateurs, chaque enfant reçoit 75 000 € de chaque parent, soit 75 000 € - 100 000 € d'abattement = aucun droit de donation à payer.
- Au décès des parents, les enfants récupèrent la pleine propriété de la maison sans droits de succession supplémentaires, quelle que soit la valeur du bien à cette date.
Résultat : une transmission totalement défiscalisée d'un bien de 500 000 €, les parents continuant à habiter leur maison jusqu'à leur décès.
Lire aussi : Comment éviter les droits de succession sur un bien immobilier ?
Droits et obligations de l'usufruitier et du nu-propriétaire
Ce que peut (et ne peut pas) faire l'usufruitier
L'usufruitier dispose d'une liberté d'usage étendue sur le bien démembré, mais cette liberté n'est pas sans limites.
Il peut librement :
- Occuper le bien à titre personnel ou le mettre en location et en percevoir les loyers
- Percevoir tous les fruits civils du bien : dividendes, intérêts, revenus locatifs
- Consentir des baux d'habitation ou des baux commerciaux, dans le respect des règles légales applicables à chaque type de bail
- Céder son droit d'usufruit à un tiers, sauf clause contraire stipulée dans l'acte de donation
En revanche, l'usufruitier ne peut pas :
- Vendre le bien en pleine propriété sans l'accord du nu-propriétaire
- Modifier la substance du bien, c'est-à-dire réaliser des travaux qui en altèrent la nature ou la destination
- Consentir un bail rural ou un bail commercial de longue durée sans l'accord du nu-propriétaire, ces actes étant considérés comme des actes de disposition
Une obligation centrale pèse sur l'usufruitier : il doit conserver la chose et la restituer en bon état à l'extinction de l'usufruit. Il est tenu d'entretenir le bien et d'effectuer les réparations d'entretien courantes. Il supporte également la taxe foncière, les charges de copropriété courantes et les impôts sur les revenus générés par le bien.
Ce que peut (et ne peut pas) faire le nu-propriétaire
Le nu-propriétaire est souvent décrit comme un propriétaire en attente. Son droit est réel et juridiquement reconnu, mais son exercice est suspendu à l'extinction de l'usufruit.
Il peut :
- Vendre sa nue-propriété à un tiers sans l'accord de l'usufruitier, bien que cela reste rare en pratique dans un contexte familial
- Consentir une hypothèque sur sa nue-propriété
- Effectuer les actes conservatoires nécessaires à la préservation du bien
Il ne peut pas :
- Occuper le bien, le louer ou en percevoir les revenus tant que l'usufruit est en cours
- Contraindre l'usufruitier à quitter le bien ou à modifier son usage
- Vendre le bien en pleine propriété sans l'accord de l'usufruitier
En cas de vente du bien démembré en pleine propriété, ce qui suppose l'accord des deux parties, le prix est réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l'article 669 du CGI applicable à l'âge de l'usufruitier au jour de la vente, sauf convention contraire entre les parties.
Qui paie les travaux, la taxe foncière et les charges ?
La répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire est encadrée par les articles 605 et 606 du Code civil. Elle suit une logique claire : les dépenses courantes sont à la charge de l'usufruitier, les dépenses lourdes sont à la charge du nu-propriétaire.
À la charge de l'usufruitier :
- Les réparations d'entretien : peintures, plomberie courante, remplacement de chaudière, ravalement de façade léger
- La taxe foncière
- Les charges de copropriété courantes
- Les primes d'assurance du bien
À la charge du nu-propriétaire :
- Les grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil : reconstruction des murs porteurs, réfection de toiture complète, remplacement de la charpente, consolidation des fondations
- Ces travaux concernent la structure et la solidité générale du bâtiment
En pratique, la frontière entre réparations d'entretien et grosses réparations peut donner lieu à des interprétations divergentes entre usufruitier et nu-propriétaire. Il est fortement recommandé de préciser contractuellement dans l'acte de donation la répartition souhaitée pour éviter tout litige ultérieur, notamment dans les situations familiales complexes ou en présence de biens immobiliers anciens nécessitant des travaux importants.
Démembrement et placements financiers : contrat de capitalisation et assurance-vie
Le contrat de capitalisation : l'outil financier le plus adapté au démembrement
Le contrat de capitalisation fonctionne de manière similaire à l'assurance-vie sur le plan financier, mais s'en distingue sur un point fondamental : il ne se dénoue pas au décès du souscripteur. Il peut donc faire l'objet d'une donation avec réserve d'usufruit, ce qui est impossible avec un contrat d'assurance-vie classique.
Le donateur :
- conserve l'usufruit du contrat
- il continue à percevoir les revenus
- il ne peut effectuer des rachats dans la limite des intérêts générés
Tandis que le donataire en reçoit la nue-propriété. Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété selon le barème de l'article 669 du CGI. Au décès du donateur, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du contrat sans droits supplémentaires, en conservant son antériorité fiscale, un avantage non négligeable pour les rachats futurs.
Conseil de Goodvest : contrairement à une donation en pleine propriété, la donation démembrée ne purge pas les plus-values latentes du contrat. Lors d'un rachat ultérieur, l'imposition portera sur l'écart entre la valeur de rachat et la valeur de la nue-propriété au jour de la donation, et non sur la valeur totale du contrat à cette date. L'assiette taxable peut donc être plus élevée qu'anticipé si le contrat a fortement progressé.
L'assurance-vie : un levier de transmission complémentaire
L'assurance-vie ne peut pas être démembrée au sens strict : le souscripteur ne détient pas la propriété des actifs investis mais un droit de créance sur l'assureur, qui s'éteint à son décès. En revanche, elle offre un autre levier puissant : le démembrement de sa clause bénéficiaire.
Le souscripteur peut désigner un bénéficiaire en usufruit, généralement le conjoint survivant, et un bénéficiaire en nue-propriété, généralement les enfants. Au décès du souscripteur, le conjoint survivant dispose librement des sommes jusqu’à son décès puis, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires.
En pratique, cela permet de protéger le conjoint survivant sans sacrifier les intérêts des enfants : ces derniers détiennent une créance de restitution sur la succession du second parent, qui vient en déduction de l'actif successoral taxable. Le montage combine ainsi protection du conjoint et optimisation des droits de succession sur les deux générations.
Vous souhaitez constituer une épargne transmissible dans un cadre fiscal optimisé ? Les contrats d'assurance-vie Goodvest (Goodvie et Goodlife) combinent gestion pilotée responsable et avantages successoraux. Nos conseillers peuvent vous accompagner pour structurer une stratégie de transmission alignée avec vos objectifs patrimoniaux et vos convictions.
Avantages, limites et risques de la donation avec réserve d'usufruit
Les avantages
La donation avec réserve d'usufruit cumule plusieurs atouts qui en font l'un des outils de transmission patrimoniale les plus utilisés en France.
- Une fiscalité allégée à la donation : les droits ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, décotée selon l'âge de l'usufruitier. Plus la donation est réalisée tôt, plus l'économie est significative.
- Une transmission sans droits de succession : au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement sans imposition supplémentaire.
- Le maintien du train de vie du donateur : l'usufruitier conserve la jouissance du bien et ses revenus jusqu'à son décès. La donation ne change rien à sa situation quotidienne.
- Un contrôle préservé : la réserve d'usufruit empêche le donataire de vendre ou de disposer librement du bien sans l'accord du donateur, ce qui peut être rassurant lorsque les donataires sont jeunes ou dans des situations patrimoniales incertaines.
- Une optimisation des abattements : en anticipant suffisamment tôt, il est possible de renouveler les donations tous les 15 ans et de transmettre progressivement un patrimoine important en franchise totale de droits.
Les limites et risques à connaître avant de se lancer
La donation avec réserve d'usufruit n'est pas un outil sans contraintes. Plusieurs points méritent une attention particulière avant de s'engager.
- L'irrévocabilité : une donation est par principe définitive. Sauf cas légaux très limités (ingratitude du donataire, inexécution des charges) le donateur ne peut pas revenir en arrière. Il convient donc de s'assurer que la décision est mûrement réfléchie et que le patrimoine conservé est suffisant pour couvrir les besoins futurs, notamment en cas de dépendance.
- Le blocage de la vente : vendre le bien en pleine propriété nécessite l'accord des deux parties. En cas de désaccord entre usufruitier et nu-propriétaire, la vente est impossible. Ce risque est particulièrement présent dans les familles recomposées ou en cas de mésentente ultérieure.
- L'impact sur l'IFI : l'usufruitier déclare le bien pour sa valeur en pleine propriété à l'impôt sur la fortune immobilière, et non pour la seule valeur de son usufruit. Pour les patrimoines immobiliers importants, cela peut maintenir (voire aggraver) l'exposition à l'IFI après la donation.
- La charge des travaux : même si la répartition est encadrée par le Code civil, les désaccords sur la nature des travaux à réaliser (entretien courant ou grosses réparations) peuvent générer des tensions durables entre les parties.
- Les risques liés aux sommes d'argent : la loi de finances 2024 a profondément réduit l'intérêt fiscal du quasi-usufruit sur les liquidités. Ce type de montage doit être évité ou soigneusement encadré par un notaire.
Questions fréquentes en Épargne et patrimoine
Peut-on annuler une donation avec réserve d'usufruit ?
En principe, non. La donation est un acte irrévocable par nature. La loi ne prévoit que trois cas permettant de la remettre en cause : l'ingratitude du donataire (définie restrictivement par le Code civil comme des actes graves tels que des violences ou injures sérieuses envers le donateur), l'inexécution des charges prévues dans l'acte, et la survenance d'un enfant si cette condition a été expressément stipulée dans l'acte. En dehors de ces situations, le donateur ne peut pas récupérer son bien, même s'il regrette sa décision ou si sa situation financière se dégrade.
Y a-t-il un âge limite pour réaliser une donation avec réserve d'usufruit ?
Non, aucun texte légal ne fixe d'âge limite. Une donation avec réserve d'usufruit peut être réalisée à tout âge, y compris après 80 ou 90 ans. En revanche, l'intérêt fiscal diminue mécaniquement avec l'âge : plus l'usufruitier est âgé, plus la valeur de la nue-propriété transmise est élevée et moins la décote est avantageuse.
transmise est élevée et moins la décote est avantageuse. Faut-il obligatoirement passer par un notaire ?
Oui, pour les biens immobiliers, le recours au notaire est obligatoire. La donation doit être formalisée par un acte authentique pour être valable et opposable aux tiers. Pour les biens mobiliers (titres financiers, contrat de capitalisation) la donation devant notaire est fortement recommandée même si elle n'est pas toujours légalement imposée.
Quel est le coût d'une donation avec réserve d'usufruit ?
Le coût se compose de plusieurs éléments. Les droits de donation, calculés sur la valeur de la nue-propriété après abattements, constituent la part principale (ils peuvent être nuls si la valeur transmise reste en deçà des abattements disponibles). S'y ajoutent les émoluments du notaire, calculés selon un barème réglementé et dégressif en fonction de la valeur du bien, ainsi que la taxe de publicité foncière et la contribution de sécurité immobilière pour les biens immobiliers. À titre indicatif, les frais de notaire représentent généralement entre 1 % et 2 % de la valeur de la nue-propriété transmise, hors droits de donation.
Les derniers articles dans la même catégorie
Nos experts sont à votre service









.avif)






.jpg)