Pourquoi ouvrir un PER à la retraite ?

Un PER sert à préparer sa retraite. Une fois qu'elle est prise, en ouvrir un peut sembler inutile. Et ça l'est si vous cherchez seulement à placer un capital disponible, car une assurance-vie fait mieux. L'intérêt du PER est ailleurs : il est fiscal. Vos versements restent déductibles de vos revenus imposables, et si vous ne retirez pas cette épargne de votre vivant, vos bénéficiaires la reçoivent sans payer d'impôt sur le revenu. Un âge limite s'applique toutefois : depuis février 2026, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles.

Ouvrir un PER une fois à la retraite garde un intérêt tant que vous avez moins de 70 ans : vos versements restent déductibles de votre revenu imposable, et si le plan n'est pas liquidé à votre décès, le capital transmis échappe définitivement à l'impôt sur le revenu. Passé 70 ans, la déduction disparaît.
- Aucune limite d'âge légale n'existe, mais la plupart des assureurs en fixent une contractuellement, souvent autour de 70 ans.
- Sans revenu d'activité, votre plafond de déduction annuel tombe à 4 710 € pour 2026, auxquels s'ajoutent les plafonds non utilisés des trois dernières années (5 années à partir de 2026).
- L'opération est favorable tant que la tranche d'imposition à laquelle vous déduisez dépasse le taux effectif des droits de succession supportés par vos bénéficiaires.
- Comme simple réserve d'épargne disponible, une assurance-vie reste plus avantageuse : le PER ne se justifie que par la déduction et par la transmission.
Les montants cités sont donnés à titre illustratif ; investir en unités de compte comporte un risque de perte en capital.
Peut-on ouvrir un PER quand on est déjà à la retraite ?
La loi ne subordonne l'ouverture d'un PER individuel ni à un âge maximal, ni à l'exercice d'une activité professionnelle : il suffit d'être majeur. Vous pouvez donc souscrire à 62 ans comme à 75 ans, sans autre revenu qu'une pension.
Deux limites existent malgré tout, et elles n'ont pas la même nature :
- une limite contractuelle, propre à chaque assureur, qui refuse les souscriptions au-delà d'un certain âge ;
- une limite fiscale, fixée à 70 ans depuis 2026, qui ne ferme pas le contrat mais en retire l'avantage principal.
La première se contourne en changeant d'établissement. La seconde ne se contourne pas.
Lire aussi : Existe-t-il un âge limite pour ouvrir un PER ?
Déduire ses versements PER à la retraite : plafond, report et limite des 70 ans
Réduire son impôt est la première raison qu'on avance pour ouvrir un PER, et elle reste valable une fois à la retraite. Deux éléments en commandent la portée :
- le montant que vous pouvez réellement déduire (10 % des revenus d’activité),
- votre âge, puisque la déduction s'arrête depuis le 1er janvier 2026 à 70 ans.
Quel plafond de déduction pour un retraité sans revenu d'activité ?
Une pension n'est pas un revenu d'activité. Le calcul à 10 % des revenus professionnels ne produit donc rien, et c'est le plancher qui s'applique : 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale de l'année précédente, soit 4 710 € pour les versements de 2026.
Ce plafond ne correspond qu'au plafond de l'année en cours. S'y ajoutent les plafonds non utilisés des trois années précédentes. La loi de finances pour 2026 a d'ailleurs porté ce report de trois à cinq ans, avec une montée en charge progressive.
Ouvrir un PER à la retraite vous permet donc de profiter de ces plafonds non utilisés.
À titre illustratif, pour un cadre ayant liquidé ses droits fin 2025 après trois années à 90 000 € de revenus professionnels sans jamais verser sur un PER :
À une tranche marginale de 41 %, l'économie d'impôt approche 13 000 € au lieu des 1 900 € que laisserait supposer le seul plancher. Votre plafond exact figure sur la dernière page de votre avis d'imposition, rubrique « Plafond épargne retraite ».
Dans quels cas cette déduction peut-être utile pour un retraité ?
La déduction n'est pas un cadeau, c'est un report.
Ce que vous ne payez pas aujourd'hui, vous le paierez à la sortie : la part du capital correspondant aux versements déduits est imposée au barème progressif, dans la catégorie des pensions et sans l'abattement de 10 % qui s'y attache habituellement ; les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique.
Pour un actif, l'opération est souvent gagnante parce que la tranche marginale baisse généralement au passage à la retraite. Pour vous, cet écart a déjà eu lieu. Déduire à 30 % pour être imposé à 30 % ne produit qu'un gain de trésorerie, réel mais modeste.
Trois situations rétablissent cet écart :
- l'année de liquidation des droits, chargée d'un dernier salaire, d'indemnités de départ, parfois d'une plus-value de cession ;
- un cumul emploi-retraite appelé à s'arrêter à échéance connue ;
- des revenus fonciers qui vont disparaître, après une vente ou la fin d'un dispositif.
Dans ces trois cas, il est probable que vous déduisiez à une tranche supérieure ce que vous récupérerez plus tard à un taux inférieur.
Une quatrième situation change plus radicalement encore l'équation : ne jamais liquider le plan. C'est l'objet de la section suivante.
Verser sur un PER fait-il baisser le revenu fiscal de référence ?
L'enjeu n'a rien de théorique pour un retraité : le revenu fiscal de référence détermine notamment le taux de CSG appliqué à votre pension, l'exonération de taxe foncière après 75 ans sous condition de ressources, ou encore l'accès au livret d'épargne populaire.
Le baisser grâce au PER serait une source d’économie supplémentaire non négligeable qui justifierait par exemple de verser et de sortir à tranche d’imposition égale.
Malheureusement, l'article 1417 du Code général des impôts majore le revenu net imposable du montant des cotisations déduites au titre de l'épargne retraite. Cette méthode ne fonctionne donc pas.
Ouvrir un PER à la retraite pour préparer sa transmission
C’est certainement la stratégie d’optimisation la plus efficace si elle est réalisée correctement. Mais, elle suppose d'abord une condition technique : le plan doit être un PER assurance (et non un PER compte-titre distribué par les établissements bancaires).
Le mécanisme tient en une phrase : si votre PER n'est pas liquidé au jour de votre décès, l'imposition de sortie n'a jamais lieu. Les versements que vous aviez déduits ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu, les gains non plus. Vos bénéficiaires reçoivent le capital sous le seul régime de la fiscalité successorale des contrats d'assurance. La déduction obtenue à l'entrée cesse alors d'être un report : elle devient définitive.
Fiscalité du PER au décès : avant et après 70 ans
Une règle propre au PER commande tout le reste : c'est l'âge au décès qui détermine le régime applicable, et non l'âge au moment de chaque versement comme en assurance-vie. Verser avant 70 ans ne sécurise donc pas votre régime de transmission. Mais comme nous le verrons, ce n’est pas véritablement un problème.
Le conjoint et le partenaire de PACS désignés comme bénéficiaires sont exonérés quel que soit l'âge au décès. Pour tous les autres, il faut garder à l'esprit que le décès après 70 ans est statistiquement le cas ordinaire : c'est donc la colonne de droite qu'il faut considérer par défaut.
Bon à savoir : Le régime fiscal du PER en cas de décès est commun à celui de l’assurance-vie. Attention à bien tenir compte de vos autres contrats pour calculer vos avantages fiscaux.
PER et transmission : impôt économisé contre droits de succession
L'arbitrage n'oppose pas deux régimes successoraux entre eux, il oppose deux moments clés :
- ce que vous économisez à l'entrée
- ce que vos bénéficiaires acquitteront à la sortie.
Une contrainte encadre tout ce raisonnement : vous ne déduisez pas ce que vous voulez. Reprenons le plafond calculé plus haut, pour un plan ouvert à 64 ans :
- la première année, vous disposez du stock accumulé pendant vos dernières années d'activité, soit environ 31 700 € ;
- les cinq années suivantes, faute de revenu d'activité, vous ne régénérez que le plancher, soit 4 710 € par an (un peu plus vu que le plafond se revalorise chaque année) ;
- au total, environ 55 000 € déductibles avant votre 70ᵉ anniversaire.
C'est ce montant, et non le capital dont vous disposez, qui détermine l'économie d'impôt.
Rien n'interdit de verser au-delà. Mais la fraction non déduite n'apporte aucune économie d'impôt tout en gonflant l'assiette taxable au décès. Pour un objectif de transmission, l'avantage repasse alors à l'assurance-vie, dont l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire s'applique à toutes les primes versées avant 70 ans. Le PER se remplit jusqu'au plafond ; le surplus se place ailleurs.
Les hypothèses de l'exemple, à titre illustratif :
- 55 000 € versés et intégralement déduits ;
- un capital de 80 000 € au décès, survenu après 70 ans ;
- un enfant unique bénéficiaire, dont l'abattement de 100 000 € est déjà consommé par le reste de la succession.
L'assiette taxable ressort alors à 49 500 € après l'abattement de 30 500 €, et se situe dans la tranche à 20 % : les droits s'élèvent à 9 900 €.
Trois paramètres déplacent ce solde :
- le bénéficiaire désigné : conjoint ou partenaire de PACS, les droits sont nuls et l'économie reste entière ; en ligne directe, le barème va de 5 à 45 % ; hors ligne directe, il grimpe à 55 ou 60 % et l'opération devient perdante ;
- l'abattement personnel dont dispose encore votre bénéficiaire : chaque enfant a droit à 100 000 € d'abattement sur l'ensemble de ce qu'il hérite de vous. Si le reste de votre succession ne l'épuise pas, le solde couvre aussi le capital du PER et les droits tombent à zéro ;
- votre tranche marginale, qui détermine à elle seule la moitié de l'équation.
Faut-il sortir de son PER avant 70 ans pour basculer en assurance-vie ?
L’alternative paraît évidente : liquider le plan avant l'anniversaire fatidique des 70 ans et replacer le capital sur un contrat d'assurance-vie, dont le régime successoral se fige à la date des versements et non à celle du décès (donc préserver l’abattement des 152 500 € par bénéficiaire). Le raisonnement est juste. L'opération, elle, est le plus souvent perdante.
Sur le papier, la colonne de droite l'emporte sur trois lignes sur quatre. Le chiffrage renverse le résultat, parce qu'il fait apparaître ce que la comparaison des régimes laisse hors champ : la facture immédiate.
À titre illustratif, pour un retraité de 68 ans détenant un PER constitué pour l'essentiel pendant sa vie active, d'une valeur de 150 000 € dont 100 000 € de versements déduits, imposé à 30 %, ayant désigné son enfant unique comme bénéficiaire et dont l'abattement de 100 000 € est déjà consommé par le reste de la succession :
Le zéro de la seconde colonne s'explique simplement : après impôt, il ne reste que 104 300 € à replacer, un montant inférieur à l'abattement de 152 500 €. Autrement dit, la stratégie fonctionne, mais elle coûte deux fois ce qu'elle évite. Et l'écart est encore sous-estimé, à deux titres :
- le calcul suppose que le rachat ne vous fasse pas changer de tranche, alors que 100 000 € ajoutés aux revenus d'une seule année vous y feraient très probablement passer ;
- et les 45 700 € prélevés cessent définitivement de produire des rendements.
Néanmoins, deux configurations peuvent prêcher en faveur d’un transfert d’un PER vers l’assurance-vie à la retraite :
- un bénéficiaire hors ligne directe, taxé à 55 ou 60 % après 70 ans, soit jusqu'à 71 700 € dans notre exemple ;
- une succession assez importante pour que les droits en ligne directe atteignent les tranches à 30 ou 40 %. Dans ces deux cas seulement, la sortie anticipée redevient la moins mauvaise option, et mérite d'être calculée ligne à ligne.
Lire aussi : PER ou assurance-vie en 2026 : différences, fiscalité et comment choisir ?
Transférer un PERP, un Madelin ou un article 83 vers un PER
Voici un motif d'ouverture qu'on n'associe pas spontanément à la retraite : ouvrir un PER non pour y verser, mais pour y loger un ancien contrat.
Ce que le transfert débloque : la sortie en capital
Les anciens produits d'épargne retraite imposaient des sorties contraintes. Le PERP limitait la sortie en capital à 20 % de l'encours ; le contrat Madelin imposait la rente viagère.
Le transfert vers un PER individuel ouvre la sortie en capital intégrale, en une fois ou fractionnée, ou un panachage entre capital et rente. Pour un retraité assis sur un Madelin dont la rente serait de faible montant, c'est souvent le seul moyen de récupérer réellement son épargne.
Le transfert emporte aussi la clause bénéficiaire du PER, et donc le régime de transmission décrit plus haut. En revanche, il n'ouvre droit à aucune déduction : l'avantage fiscal a déjà été consommé sur le contrat d'origine.
Lire aussi : Transfert PERP vers PER : quels avantages ?
Dans quels cas vaut-il mieux conserver son PERP ou son Madelin ?
Les frais de transfert sont plafonnés par la réglementation et généralement nuls sur des contrats anciens : la décision ne se joue pas là. Ce qui se perd au transfert, c'est le régime propre à ces contrats, que la réforme de 2026 n'a pas modifié. Trois situations justifient de les conserver :
- un PERP dont la rente calculée serait inférieure au seuil légal, de l'ordre de 110 € par mois : le capital y est déjà récupérable en totalité, et il peut, sur option, être imposé à un taux forfaitaire de 7,5 % après abattement, une possibilité que le PER n'offre pas ;
- un contrat porteur de garanties souscrites à l'époque (table de mortalité, taux de conversion en rente) que le PER d'accueil ne reprendra pas, ce qui est décisif si vous envisagez une sortie en rente ;
- un titulaire de plus de 70 ans, puisque l'ancien contrat conserve son régime de déduction là où le PER l'a perdu depuis 2026.
Hors ces cas, le transfert reste l'option la plus souple, en particulier pour un contrat Madelin dont la sortie s'effectue obligatoirement en rente.
PER ou assurance-vie : lequel ouvrir une fois à la retraite ?
L'objection habituelle au PER (l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite) ne vous concerne plus : une fois vos droits liquidés, vous récupérez votre épargne quand vous le décidez. Mais cette disponibilité ne vous donne aucune raison de préférer le PER, puisqu'une assurance-vie est elle aussi liquide à tout moment. Elle efface un inconvénient, elle ne crée pas un avantage. La vraie question est donc celle de ce que chaque enveloppe fait mieux que l'autre.
Fiscalité des retraits : l'assurance-vie garde l'avantage
À somme retirée égale, l'écart est net et il joue contre le PER. Comme réserve d'épargne disponible, une assurance-vie de plus de huit ans lui reste supérieure, et le PER n'a aucun intérêt à être ouvert dans cette optique.
D'ailleurs, si vous avez dépassé l’âge de 70 ans, la question ne se pose plus puisque vous ne pourrez plus déduire les versements avec un PER :
- l’assurance-vie est plus adaptée pour faire fructifier votre capital ;
- elle propose une fiscalité en cas de décès pour les versements réalisés après 70 plus avantageuse puisque seuls les versements sont imposables (pas les gains).
Dans quels cas ouvrir un PER à la retraite n'a pas d'intérêt ?
Une réponse honnête suppose de dire aussi à qui ce raisonnement ne s'adresse pas. Cinq situations ferment le sujet :
- Vous n'êtes pas imposable, ou vous relevez de la tranche à 11 %. La déduction ne rapporte presque rien et l'imposition à la sortie peut coûter davantage qu'elle n'a fait économiser.
- Vous avez déjà 70 ans. La déduction n'existe plus et la fiscalité est comparativement moins intéressante que celle de l’assurance-vie tant pour les retraits qu’en cas de décès.
- Vos bénéficiaires ne sont pas en ligne directe. Un décès après 70 ans expose le capital à des droits de 55 à 60 %, là où le régime applicable pour les versements en assurance-vie avant 70 ans s'en serait tenu à environ 20 % (après un abattement de 152 500 € par bénéficiaire).
- Vous cherchez une épargne de précaution. Le plan est disponible, mais les supports en unités de compte comportent un risque de perte en capital : il ne remplace pas un livret ou un fonds en euros (la plupart des PER en propose néanmoins).
Questions fréquentes en
Quelles démarches faut-il accomplir pour ouvrir un PER à la retraite ?
Les mêmes que pour un actif : pièce d'identité, justificatif de domicile, relevé d'identité bancaire, parfois un justificatif de situation fiscale. Le seul point spécifique est la limite d'âge éventuelle prévue par les conditions générales du contrat.
Que faire d'un PER déjà ouvert lorsqu'on passe 70 ans ?
Les versements antérieurs conservent la déduction acquise. Les nouveaux ne sont plus déductibles, mais ils sortent en contrepartie exonérés d'impôt sur le revenu à hauteur du capital versé, seuls les gains étant taxés. Conserver le plan reste généralement préférable à le liquider.
Peut-on verser sur un PER en cumul emploi-retraite ?
Oui, et c'est même la situation la plus favorable : les revenus d'activité rouvrent le calcul du plafond à 10 %, bien au-delà du plancher, tant que vous avez moins de 70 ans.
Faut-il ouvrir un PER à deux ans de la retraite ?
C'est souvent le meilleur moment : la tranche marginale est encore élevée, les plafonds non utilisés se sont accumulés, et la contrainte de blocage prend fin à court terme.
Faut-il sortir son PER en rente ou en capital ?
La rente couvre un risque que le capital ne couvre pas (vivre plus longtemps que son épargne) et peut être assortie d'une réversion au profit du conjoint, moyennant une rente initiale plus faible. Sa contrepartie est l'irréversibilité : le capital ne vous appartient plus et ne se transmet plus, sauf réversion ou annuités garanties. Une rente issue de versements déduits est imposée comme une pension.
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